Le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, a inauguré une base opérationnelle du Bataillon d’intervention rapide (BIR) au Port de Douala-Bonabéri jeudi 2 juillet. Trois milliards de FCFA d’investissement. Derrière cette implantation militaire, les autorités poursuivent un objectif plus large : renforcer la protection du premier port du pays dans un espace maritime où subsistent encore des menaces liées à la piraterie, aux trafics illicites et à la criminalité organisée.
Installée au plus près des installations portuaires, cette nouvelle base doit permettre une capacité d’intervention plus rapide face à toute menace visant les infrastructures stratégiques, les opérateurs économiques ou les usagers du port. Lors de la cérémonie, Joseph Beti Assomo a rappelé le poids central de Douala dans l’économie nationale : « La ville de Douala est le poumon économique de notre pays. Elle concentre une très importante part de nos activités portuaires, commerciales et financières, ainsi que de notre tissu industriel. Assurer sa sécurité revient à protéger une part très significative du potentiel économique national. »
L’inauguration de cette infrastructure militaire témoigne de la volonté constante du Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, de consolider la paix et la sécurité économiques, et intervient au terme de travaux d’envergure visant à moderniser les capacités de réponse de nos Forces de Défense et de sécurité.
Préservation de la sûreté portuaire à Douala
En outre, le choix de Douala ne doit rien au hasard. Le Port de Douala-Bonabéri concentre près de 70 % des échanges commerciaux du Cameroun, et sert également de principale porte d’entrée maritime au Tchad et à la République centrafricaine, deux pays amis enclavés dont une part importante du commerce extérieur transite par cette plateforme. À ce titre, la sûreté du port dépasse le seul enjeu camerounais : elle touche à la continuité des flux régionaux dans une large partie de l’Afrique centrale. Cette position stratégique en fait aussi une infrastructure exposée. Dans le golfe de Guinée, les actes de piraterie ont reculé ces dernières années, mais les risques n’ont pas disparu. Trafics de stupéfiants, contrebande, commerce illicite de produits pétroliers, pêche illégale ou traite d’êtres humains continuent de nourrir un environnement sécuritaire instable. Dans ce contexte, l’installation du BIR vise à ajouter une capacité de réaction immédiate face aux menaces maritimes.
La nouvelle base ne constitue pas un dispositif autonome. Elle vient s’agréger à l’architecture de sûreté déjà déployée autour du port dans le cadre du programme Douala Port Security (DPS). Mis en œuvre avec l’appui de Port Sec SA, ce système combine moyens humains et technologies de contrôle : gestion du trafic maritime par radar et vidéosurveillance, contrôle des cargaisons par scanner, identification biométrique et brigade cynophile spécialisée dans la détection de produits illicites.
L’apport du BIR change cependant la nature du dispositif. Là où les outils existants renforcent surtout la surveillance, le filtrage et la détection, la présence permanente des forces spéciales introduit une capacité d’intervention opérationnelle immédiate en cas de crise, d’attaque ciblée ou de menace directe contre les installations portuaires.
Au-delà de la logique strictement militaire, les autorités rattachent clairement cette base à un enjeu économique. Pour le maire de Douala, Roger Mbassa Ndine, cette infrastructure doit contribuer à mieux protéger la capitale économique et à renforcer la performance du premier port du pays. À sa suite, le Directeur général du Port autonome de Douala, Cyrus Ngo’o, a souligné l’importance stratégique de cette base jouxtant la zone portuaire, “pour la protection des infrastructures économiques vitales du pays et la sécurisation des voies maritimes”.
Un port mieux sécurisé réduit les risques de rupture, rassure les opérateurs et soutient le maintien des standards internationaux de sûreté, notamment ceux liés au Code ISPS sur la sécurité des navires et des installations portuaires.
En renforçant la présence du BIR à Douala, l’État du Cameroun cherche donc à protéger bien plus qu’une emprise portuaire. Il s’agit aussi de sécuriser un corridor commercial vital pour le pays, et son hinterland, dans un contexte où les enjeux maritimes et logistiques se confondent de plus en plus avec les enjeux de souveraineté économique.
La nécessité d’un nouveau site sécuritaire
L’ancien site du BIR à Douala ne répondait plus aux exigences opérationnelles. Le quai, fortement ensablé, limitait les mouvements des embarcations, qui ne pouvaient accoster qu’à marée haute. Les services de soutien étaient dispersés sur différents sites, réduisant l’efficacité des interventions militaires.
Le général de brigade François Pelene, coordonnateur général du BIR, a rappelé que ces contraintes logistiques gênaient gravement par le passé, la capacité de réaction face aux menaces en mer.
Cette nouvelle base regroupe désormais, sur un même site, les infrastructures administratives, logistiques et techniques nécessaires au déploiement des unités. Elle abrite le BIR Zone Douala, l’atelier naval et le Centre alimentaire méridional, améliorant ainsi la réactivité opérationnelle et la coordination des unités.












