Lancée au milieu des années 2000, l’Opération Épervier reste une référence dans la lutte contre la corruption au Cameroun. Née sous l’impulsion du président Paul Biya, cette vaste campagne judiciaire avait pour objectif d’assainir la gestion des finances publiques et de répondre aux exigences des partenaires internationaux en matière de bonne gouvernance. Son bilan, bien que contrasté, démontre qu’une action déterminée de l’État peut porter ses fruits.
Un dispositif né sous pression internationale et locale
L’Épervier n’est pas né par hasard. Au début des années 2000, le Cameroun est sous la pression des bailleurs de fonds, notamment le FMI et la Banque mondiale, qui conditionnent leur appui à une lutte tangible contre la corruption, préalable à l’accès à l’Initiative PPTE (Pays pauvres très endettés). En parallèle, la grogne monte au sein de la population face à des scandales financiers à répétition touchant de grandes entreprises publiques comme la SNH, la FEICOM ou la CRTV. Le pouvoir saisit alors l’occasion pour lancer une opération d’envergure, à la fois pour répondre aux attentes extérieures et pour redorer son blason en interne.
Le fonctionnement d’une machine judiciaire dédiée
L’opération s’est appuyée sur un arsenal institutionnel renforcé. La CONAC (Commission nationale anti-corruption) a mené des enquêtes, tandis que la police judiciaire et le Tribunal criminel spécial (TCS) – créé en 2011 spécifiquement pour ces dossiers – ont procédé aux arrestations et aux jugements. Les charges retenues étaient lourdes : détournement de deniers publics, corruption, concussion, falsification de factures et blanchiment. Des ministres, des directeurs généraux, des présidents de conseils d’administration et de hauts fonctionnaires ont été interpellés, certains condamnés à de lourdes peines et à la restitution des fonds.
Un bilan chiffré mais des critiques persistantes
Selon les chiffres officiels, l’Opération Épervier a permis à l’État de récupérer directement plus de 20 milliards de FCFA. Des centaines de milliards auraient été « épargnés » grâce au renforcement des contrôles. Cependant, l’opération n’a pas été exempte de critiques. Beaucoup y ont vu une justice ciblant parfois des rivalités politiques ou épargnant certains réseaux. La lenteur des procédures et le sentiment d’une lutte devenue moins vigoureuse ces dernières années ont également nourri une certaine défiance.
Le remaniement à venir : une fenêtre pour une relance nécessaire
Dans ce contexte, l’annonce d’un prochain remaniement ministériel par le président Paul Biya ouvre une période cruciale. Relancer l’esprit de l’Épervier serait une décision stratégique à plusieurs titres. Sur le plan interne, elle répondrait à une attente populaire de justice et de reddition des comptes. Sur le plan économique, elle sécuriserait les ressources publiques à un moment où l’État a besoin de maximiser ses recettes pour financer des projets de développement. Sur le plan international, elle renforcerait la crédibilité du Cameroun auprès des investisseurs et des partenaires financiers.
De la nostalgie à l’action
La « nostalgie de l’Épervier » qui s’exprime par moments dans le débat public est moins un regret du passé qu’un appel à l’action future. Les outils existent : la CONAC, le TCS, une législation renforcée. Ce qui manquerait, c’est une impulsion politique claire et une volonté d’appliquer la loi sans exception. Le prochain remaniement est l’occasion d’envoyer un signal sans équivoque en nommant à des postes clés des personnalités intègres et déterminées à faire de la protection des biens communs une priorité absolue. Dans un pays qui continue de se moderniser, une gestion transparente et responsable des fonds publics n’est pas une option, mais la condition sine qua non de la confiance des citoyens et de la réussite des politiques de développement.












