Le contraste est saisissant. Inaugurée en grande pompe en octobre 2024 pour sa deuxième phase, l’autoroute promise comme révolutionnaire pour désenclaver l’économie camerounaise peine à sortir de terre. Sur le terrain, la réalité est amère : les usagers restent condamnés à l’antique et dangereuse route nationale N3, tandis que le tracé de l’autoroute demeure largement virtuel. Cet écart entre les annonces triomphales et l’absence de résultats concrets place d’emblée le projet dans la longue liste des “serpents de mer” infrastructurels du pays.
La racine du mal : une bureaucratie qui tourne à vide
Derrière cette inertie se cache un mécanisme bien rodé mais contre-productif. Le projet est noyé sous une suractivité administrative déconnectée du chantier. Commissions, sous-commissions et comités de pilotage se multiplient, générant des coûts opaques et absorbant une énergie considérable. Cette frénésie de réunions et de rapports contraste violemment avec la rareté des bulldozers sur le site, créant l’impression d’une machine bureaucratique qui s’active pour elle-même, sans produire de bitume.
Un schéma national préoccupant et ses conséquences
Cette affaire dépasse le simple retard. Elle s’inscrit dans un pattern national inquiétant observé depuis plus de vingt-cinq ans. Des projets phares comme le barrage de Lom Pangar ou le port en eau profonde de Kribi ont suivi des scénarios similaires : annonces solennelles, financements sécurisés, puis enlisement dans des délais interminables. Chaque blocage de ce type creuse un peu plus le fossé de confiance entre les promesses de développement et le vécu quotidien des populations, tout en alourdissant le fardeau économique et sécuritaire d’infrastructures alternatives vétustes.
L’heure des choix : preuve de maturité ou nouvel échec ?
L’autoroute Yaoundé-Douala est à un croisement décisif. Elle peut soit devenir la preuve tangible que le Cameroun est capable de mener ses ambitions infrastructurelles à leur terme, soit s’ajouter définitivement au registre des occasions manquées. Les justifications officielles – contraintes budgétaires, négociations complexes – sonnent de plus en plus creux à mesure que les années passent. Face à l’urgence économique que représente une liaison fluide entre les deux métropoles, le temps des discours est révolu. Celui des résultats tangibles est attendu avec une impatience qui se mue, désormais, en exigence de reddition des comptes.












