L’affaire avait pourtant commencé timidement en Janvier 2026. Le Port Autonome de Douala, ayant choisi une nouvelle entreprise, nommée TransAtlantic SA pour s’occuper du contrôle et de l’inspection des marchandises accostant à l’entrée maritime de la ville de Douala. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. À Yaoundé, la pilule passe mal au niveau des services du Premier Ministre, et du Ministère des Finances. Car ces deux autorités, sont en faveur du maintien du groupe suisse SGS au Port autonome de Douala. Cette divergence a créé un imbroglio administratif et juridique sans précédent depuis fin Janvier. Résultats des courses, de multiples conséquences: entre pannes de scanner, lenteurs administratives, blocage des conteneurs de marchandises, le Port perd depuis le 21 Janvier 2026, plus d’1,5 milliard de FCFA par jour dû à cette mésentente.
Ce qui aurait été un simple outil de modernisation des services douaniers au Cameroun, se transforme en véritable cauchemar économique pour le pays. L’arbitrage de la Présidence de la République par l’entremise du Secrétaire Général Ferdinand Ngo Ngo le 21 Janvier, n’a pas réussi à decrysper la situation, qui est à l’heure actuelle toujours litigieuse.
La sortie du Premier ministre Joseph Dion Ngute le 29 Janvier 2026, a rappelé un principe fondamental : lorsqu’un contrat engage la République, aucune administration ne peut, seule, décider de sa suspension ou de sa résiliation. Ce rappel est intervenu après une première décision administrative qui semblait donner un rôle central à Transatlantic D SA sans arbitrage gouvernemental clair, mais avec l’ambition d’assurer un contrôle à 100% du scanning au port.
L’origine de cette équation explosive
Dans une correspondance adressée le 9 décembre 2025 au secrétaire général de la communauté portuaire nationale, le directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, annonçait qu’à compter du 1er janvier 2026 les opérations de scanning seront assurées par Transatlantic D SA. L’entreprise devait donc succeder à la Société générale de surveillance (SGS), en charge de cette activité depuis 2015 dans le cadre d’un contrat de partenariat public-privé avec l’État du Cameroun. Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu.
Depuis l’installation de son dernier scanner en 2022, le suisse SGS opère au Port de Douala avec un dispositif de contrôle qui commence dès les ports d’embarquement à l’étranger, permettant une vérification préalable des marchandises avant leur arrivée au Cameroun. Cette approche réduit les litiges douaniers, limite la sous-facturation et facilite le dédouanement.
Transatlantic D SA, arrivée début janvier 2026, propose plutôt un modèle de contrôle centré sur le scanning à l’arrivée au Port de Douala. Si cette capacité locale peut renforcer le dispositif national, elle ne remplace pas totalement le contrôle en amont que permet le réseau international de SGS. C’est dans cet ordre d’idées que l’intervention du Premier Ministre est apparu nécessaire. Le cœur du conflit reste juridique. En mars 2015, le Cameroun a signé un contrat de 10 ans avec SGS pour le scanning des marchandises au Port de Douala. Cependant, au vu du retard sur l’installation de leur dernier scanner, l’Etat du Cameroun estime que leur contrat prendra fin en 2032.
Bien que TransAtlantic SA ait fait preuve de chiffres flatteurs le 12 Janvier 2026 dès son entrée en matière et se targue d’un contrat de 25 ans avec le PAD, sa position au sein du Port Autonome demeure fragile, au regard des divergences nées de l’exécutif camerounais. Par ailleurs, l’hypothèse d’une collaboration entre les deux entités économiques à savoir SGS et TransAtlantic SA a été rejetée d’office par la Directrice générale d’SGS, Patricia Elder Nzondjou, alors que le Directeur du Port Autonome de Douala avait convoqué une rencontre en ce sens.
En outre, l’intervention controversée du général Emmanuel Amougou, chef d’état-major particulier du président Paul Biya, dans ce dossier relevant de la gestion du Port autonome de Douala (PAD) a créé une vive polémique au sein de l’opinion publique. En effet, une correspondance confidentielle attribuée à ce haut gradé, évoquant une prétendue instruction présidentielle favorable au départ de la société SGS au profit de Transatlantic D.A., a suscité de vives interrogations. Le Président de la République selon plusieurs tabloïds dont Jeune Afrique, a ordonné l’ouverture d’une enquête contre son proche collaborateur, qui a été entendu de manière informelle, par les services de la sécurité présidentielle. Nul doute que ce feuilleton au Port Autonome de Douala, se referme sur une note positive, évacuant pour le bien de l’économie camerounaise, des rivalités au sein de l’appareil exécutif.












