Union Africaine : 57 années plus tard, pour quels enjeux et avenir ?

La célébration de la journée mondiale de l’Afrique le 25 Mai 2020, a été l’occasion de se poser des questions pertinentes. Parmi celles-là se situent l’avenir du continent sous le prisme de l’Union Africaine.

Succédant à l’OUA, l’Union africaine a l’ambition de raviver et de consolider le projet d’intégration politique et économique planifié en 1963. Dans cette optique, l’Acte constitutif de la nouvelle organisation, défini dans la Déclaration de Syrte (Libye) du 9 septembre 1999, a posé des objectifs et des limites institutionnelles outrepassant l’approche diplomatique de l’OUA. Les changements concernent en particulier les organes : par exemple, une Commission est chargée de la dynamique de l’unité ; la création d’un Conseil de paix et de sécurité traduit l’intention de supprimer les guerres et d’avoir des instruments pour maintenir la paix et promouvoir une politique de défense commune. Cependant, la rupture annoncée avec les turpitudes de l’OUA se heurte aux réalités d’une Afrique encore dépendante du principe de souveraineté étatique contrôlée. L’Afrique est confrontée à des difficultés, notamment financières, ce qui l’oblige à retarder la mise en œuvre de politiques communes.

L’UA qui fait face aux conflits

Plus de 57 ans après sa naissance au forceps avec, dès le premier jour, un incident diplomatique entre l’Ethiopie et la Somalie, l’Union Africaine devrait tirer les leçons de la désunion de ses Etats membres pour un panafricanisme pragmatique et scientifique. Le principe de l’inviolabilité des frontières héritées de la colonisation qui constitue le point nodal de ce regroupement d’Etats, en dépit de la scission entre l’Ethiopie et l’Erythrée en 1993, de la division du Soudan, autrefois le plus grand pays d’Afrique, en deux entités depuis 2011, est factice sans la prise en charge sérieuse, au sein des Etats, de la question des diversités.

Or, les politiques publiques construites depuis les indépendances par l’Etat post-colonial sur la base d’une langue dite nationale, qui n’est en général que la langue de l’ethnie centrale, ou celle du président fondateur, ont conduit à des guerres civiles et des désastres, du Rwanda au Sahel.

Du dessin économique

Les espaces économiques crées réconcilient le présent avec les mémoires culturelles et historiques. Le zébu pourrait brouter du lac Tchad à l’Atlantique et l’homme bleu conduire sa caravane de Tlemcen à Tombouctou. Ceci pour la culture, l’histoire et l’identité retrouvées dans un magma de créativité, dans une harmonisation de la règle du droit, dans un marché du travail unique, un ciel unique et un puissant marché financier capable de lever des milliards d’Afro, d’Eco ou d’équivalents dollars. Un nouveau contrat social se nouerait ainsi entre le citoyen et l’Etat fédéral africain. Les jeunes africains n’auront plus le choix terrible de la traversée du désert et de la Méditerranée pour avoir droit à un avenir.

A l’exemple des USA, simples exportateurs du tabac et du coton au 19 ème siècle, le meilleur levier pour la transformation des matières premières africaines, base de l’industrialisation, est le marché intérieur qu’il reste à dynamiser par des infrastructures ferroviaires, portuaires, routières, aéroportuaires et par la fibre optique et les infrastructures de télécommunication.

Les huit derniers dossiers de l’UA

Le 33e sommet des chefs d’État de l’Union africaine s’est déroulé mardi 11 février 2020. Libre-échange, autonomie financière, lutte contre le terrorisme, crise en Libye, imbroglio bissau-guinéen, Sahara occidental. Minuit est passé depuis quelques minutes à Addis-Abeba, au siège de l’Union africaine. Un ministre des Affaires étrangères, sur le pont depuis le 6 février, nous alerte : « On reprend les débats dans quelques minutes ». Soupir. Les heures défilent. Les portes de la salle Mandela se referment sur les chefs d’État et chefs de délégation. Le huis clos reprend et la nuit continue. Il est désormais deux heures du matin. Quelques gardes ont pris leur pause, nous laissant jeter un œil sur les débats qui se poursuivent. Puis, les portes se referment une nouvelle fois. Notre ministre, lui, a quitté l’UA depuis une demi-heure, agacé par ces méthodes de travail. La plupart des chefs d’État l’ont devancé depuis longtemps.

Le sommet des chefs d’État de l’UA ne se sera donc achevé que mardi 11 janvier, peu avant quatre heures du matin. On y aura parlé de libre-échange, de financement de l’UA ou encore de lutte contre le terrorisme.  Réunies à huis clos, les délégations se sont longuement interrogées sur l’opportunité d’envoyer des troupes au Sahel sous la bannière de l’UA. Néanmoins, aucune décision formelle n’a encore été prise et le débat devrait se poursuivre lors d’un prochain sommet en mai, en Afrique du Sud.

Invité à ce sommet de l’UA, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait multiplié les déclarations sur la problématique sahélienne. « Le maintien de la paix dans sa forme traditionnelle ne suffit sûrement pas, en particulier là où il n’y a pas de paix à maintenir, comme nous le voyons au Sahel », a-t-il ainsi déclaré, faisant allusion à la mission de l’ONU au Mali. Le secrétaire général de l’ONU a plaidé pour l’octroi d’un mandat (sous le chapitre 7 de la charte de l’ONU, autorisant le recours à la force et juridiquement contraignant) et d’un financement onusien au G5 Sahel.

Le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, avait quant à lui tapé du poing sur la table, regrettant un « manque de solidarité » des Africains vis-à-vis du G5. Si le commissaire Paix et sécurité de l’UA Smaïl Chergui a annoncé un nouvel apport de dix millions de dollars au Fonds pour la paix de la part d’États membres de l’UA, ce fonds n’atteint aujourd’hui que la somme de 164 millions de dollars. À l’instar des chefs d’État sahéliens, le secrétaire général de l’ONU a lié les questions libyenne et sahélienne, tout comme l’Algérien Smaïl Chergui. « La destruction de la Libye du fait de l’intervention de 2011 a ouvert la porte aux trafics dans le Sahel et jusqu’au lac Tchad », a rappelé ce dernier.

Mais le dossier libyen n’a pas connu d’avancées majeures, malgré une réunion du Conseil de paix et de sécurité qui lui a été largement consacré, en présence, notamment, de la délégation libyenne et des présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi et congolais Denis Sassou Nguesso (président du Comité de haut niveau de l’UA sur la Libye).

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