La nouvelle a été confirmée ce lundi matin par ses avocats et sa famille, avant qu’un communiqué officiel du ministère de la Défense ne vienne entériner le décès. Anicet Ekane avait été interpellé le 24 octobre 2025 à Douala, dans le cadre d’une enquête pour « infractions graves » relevant du Tribunal Militaire, notamment des accusations d’insurrection et de rébellion. Ces charges étaient liées à son soutien public à Issa Tchiroma Bakary, le candidat qui conteste la victoire de Paul Biya à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Selon ses proches et ses défenseurs, la santé du septuagénaire, souffrant de pathologies chroniques, s’est brusquement dégradée durant le week-end. Dès dimanche, son parti politique avait lancé un appel pressant à son « transfèrement immédiat » vers un hôpital civil, jugeant les soins militaires insuffisants. Dans un communiqué prémonitoire, le Manidem avertissait qu’il tiendrait « le régime de Yaoundé pour responsable des conséquences » d’un refus.
La version des autorités, délivrée par le capitaine de vaisseau Cyrille Serge Atonfack Guemo, porte-parole du ministère de la Défense, affirme au contraire que le détenu « bénéficiait d’une prise en charge appropriée par le Corps Médical Militaire, de concert avec ses médecins personnels ». Elle précise qu’une enquête a été ouverte pour établir les circonstances exactes du décès.
Figure majeure de la vie politique nationale depuis les années 1990, Anicet Ekane était l’un des derniers témoins actifs des combats pour le multipartisme. Héritier revendiqué des nationalistes historiques comme Ruben Um Nyobé, il avait lui-même été condamné par le tribunal militaire en 1990 pour « activités subversives ». Fondateur du Manidem, candidat à plusieurs reprises à la présidentielle, il était respecté pour son engagement constant en faveur des causes sociales.
Sa mort en détention, dans un contexte politique déjà extrêmement tendu par la contestation des résultats électoraux, agit comme un électrochoc. Les réseaux sociaux et certains médias sont submergés d’hommages et de messages de colère. Maître Emmanuel Simh, l’un de ses avocats, a résumé le sentiment de nombreux observateurs : « C’est un gâchis. On aurait pu simplement le laisser en liberté, pendant que la procédure continuait. »
Au-delà de l’enquête médico-légale promise, la disparition d’Anicet Ekane interroge sur le traitement judiciaire des opposants âgés ou malades et pourrait durablement envenimer le dialogue politique au Cameroun.












