Passée la séquence de la prestation de serment, les Camerounais attendent, d’une impatience de logorrhée, le « Changement ». Ce slogan a fleuri panonceaux et pancartes sur l’espace périphériques du palais de l’Assemblée nationale. La une des journaux et les leads des pages Radio et télévision en ont relayés des échos.
Sur quoi portera le changement ? un concept sémantique, habitué à nourrir les débats rhétoriques. Toutefois Paul BIYA promet « un nouveau départ » tout en mesurant la gravité de la situation que traverse notre pays… je mesure le nombre et l’acuité des défis auxquels nous sommes confrontés. Je mesure la profondeur des frustrations, l’ampleur des attentes. Je mesure l’importance des responsabilités qui vont être celles du président de la républiques… cependant la tâche n’est pas insurmontable. Elle est plutôt exaltante lorsqu’on bénéficie du soutien indéfectible de son peuple… »
Le Président Paul BIYA a-t-il été trahi au point d’ignorer les défaillances de la gouvernance du Cameroun qu’il semble découvrir à l’issue de cette élection présidentielle ?
Par où doit-il commencer ? Le changement des hommes ou le remodélage des institutions et organisations étatiques ? Ou alors par la prise de mesures d’urgence de désinflation à travers une opération de détaxation de certains produits de première nécessité ? Mais les Camerounais n’ont pas oublié qu’en 2008/2009 pareille détaxation avait profité aux commerçants véreux.
En effet, ils revendaient sous-main, les produits détaxés aux pays voisins. Le Président Paul BIYA aurait tort de renouveler une telle libéralité sans avoir au préalable sécurisé la distribution des produits exemptés.
Le changement des hommes dans la gouvernance de l’Etat semble préoccuper tous les Camerounais y compris les victimes potentielles. L’opinion les accusant de corruption, d’affairisme, de détournements de fonds publics, de boulimie et de despotisme… D’autres accusations étant tout simplement subjectives.
L’effet de longévité aux postes dans un pays où l’élite désœuvrée aspire en toute légitimité à ces positions. Le désaveux aux autorités de l’Etat semble relever d’une attitude récriminatoire partagée par toute une génération de Camerounais.
Le président Paul BIYA va certainement renouveler l’équipe gouvernementale pour les besoins de compétence, de rigueur et de moralisation. Le traditionnel équilibre régional pourrait y laisser des plumes. Pas d’omelette sans casser d’œufs. Ce qui n’arrêtera pas pour autant les fantasmes des uns et l’idéalité des autres. Chacun ayant un profil de ministre dans sa tête.
Le Président Paul BIYA rêve d’un nouveau départ dont le cadre macro serait la République exemplaire : un modèle expurgé de fléaux érosifs et prédateurs, d’injustice, de tribalisme, de népotisme et de défiance de l’autorité de l’Etat. Le service public étant reconnu comme un sacerdoce et non comme une niche d’enrichissement illicite.
Le Président Paul BIYA attribue cette accumulation de déficits de l’offre social à la conjoncture de crises répétitives que connait notre économie : le COVID-19, la guerre en Ukraine, les tensions sécuritaires à nos frontières, la création d’un nouveau cadre macroéconomique sur la base de notre statut international de l’Etat minier, la chute des revenus pétroliers etc…
Les lueurs du changement en 2026 vont se limiter à l’ouverture d’un fond de soutien au financement des projets économiques initiés par les jeunes et les femmes. Le budget en cours de débats étant considéré comme un budget d’austérité dont l’Etat comptera l’argent jusqu’aux pièces de 100frs. Car les casses post-électorales vont coûter des milliards en termes de restauration.
Le Président Paul BIYA va jouer à fond la carte du changement. Et cela d’autant que les nombreux projets en cours de réalisation participent de sa volonté de passer de la phase de développement du pays à celle de l’embellie socio-économique. Le changement n’est pas mécanique même si on le crie à hué et à dia. Il n’est non plus un mât de cocagne que l’on implante un matin ; C’est plutôt une prospective qui doit sa pertinence à une vision telle que celle de la SND30. Avec un peu de patience et on atteindra l’idéal.
La perspective de réformes s’inscrit sur la toile de fond du discours de prestation de serment du président Paul BIYA. L’Etat en tant qu’entreprise publique en a besoin pour accroitre le rendement de son appareil. Autant il peut y recourir pour adapter les institutions à la gestion des phénomènes émergents tels que l’hydre de la corruption, l’intelligence artificielle ou la polysémie des institutions démocratiques. L’opposition devrait proposer ce qui inspirerait les générations futures. Le président Paul BIYA va certainement s’y atteler avec l’appui des éminences grises de notre pays.












