Maurice Kamto retrouve la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Sa réélection, annoncée à l’issue d’une convention extraordinaire organisée par visioconférence le dimanche 21 décembre 2025, a été acquise avec 95,44 % des voix. Dans une déclaration suivant sa reconduction, l’ancien candidat à la présidentielle a immédiatement appelé à « l’unité » et à la « mobilisation des militants ». Il a également annoncé la création d’une nouvelle coalition, l’Alliance Politique pour le Changement (APC), destinée à travailler avec des « compatriotes de tous les horizons » pour un « Cameroun apaisé ».
Un retour qui suscite des questions sur sa régularité
Ce retour fait suite à une séquence politique complexe. En juillet 2025, Maurice Kamto avait démissionné de la présidence du MRC pour être investi candidat à la présidentielle d’octobre par le MANIDEM, une manœuvre rendue nécessaire par l’impossibilité pour le MRC de présenter un candidat. Sa candidature avait finalement été rejetée par les autorités électorales.
Son retour à la tête du parti est donc perçu comme une manœuvre pour préparer les prochaines échéances, notamment les législatives et municipales de 2026. Cependant, cette reconduction ne fait pas l’unanimité et soulève de vives questions quant à sa conformité aux statuts du parti et à la démocratie interne. Des voix au sein même du MRC, comme celle du membre fondateur Joseph Thierry Okala Ébode, estiment que l’article 29 des statuts – qui exige trois années continues de militantisme pour tout candidat – devrait l’exclure de la course après sa démission en juin 2025.
Une reconduction obtenue par « pli fermé » et des tensions persistantes
La méthode employée pour cette élection a également été critiquée. Alors qu’une convention était initialement prévue le 29 novembre 2025, elle a été reportée. La session du 21 décembre a finalement pris la forme d’une investiture par « pli fermé » – une procédure où un candidat unique est désigné sans vote concurrentiel public. Cette méthode, atypique pour le choix des dirigeants d’un parti, a été dénoncée par certains cadres comme un « forcing » destiné à écarter toute autre candidature et à verrouiller le processus en faveur de Maurice Kamto.
Le vice-président Mamadou Mota, qui assurait l’intérim depuis juillet, a passé la main. Dans un texte publié avant la convention, il a défendu son action à la tête d’un parti « à un moment difficile », marqué par une « forme de défiance » de certains cadres, affirmant avoir agi pour la stabilité et le rassemblement.
Un parti face à son avenir et à ses divisions
Cette réélection place le MRC à un carrefour. Si Maurice Kamto y voit l’opportunité de relancer la machine politique et de fédérer autour de sa nouvelle alliance (APC), l’épisode laisse apparaître au grand jour des divisions internes profondes et des interrogations sur les pratiques démocratiques au sein de la formation. Les critiques pointent également les conséquences des choix stratégiques passés, comme le boycott des élections de 2020, qui a durablement affaibli la présence du parti dans les institutions.
La capacité du MRC à surmonter ces tensions et à se présenter comme une force unie et crédible pour les élections de 2026 constituera le premier test concret de ce nouveau mandat de Maurice Kamto.












