La victoire du président Paul Biya à l’élection présidentielle, bien que nette, enregistre un recul par rapport aux scrutins précédents. Ce constat suscite une analyse franche au sein de l’appareil d’État : l’action et les grandes réalisations du régime sont souvent obscurcies par une communication publique déficiente, portant directement préjudice à la confiance populaire et à la lisibilité du leadership présidentiel.
Le problème résiderait moins dans la vision ou les directives du chef de l’État lui-même — qui a adopté les plateformes digitales et les médias classiques — que dans l’attitude d’une partie de ses collaborateurs. Ministres, directeurs généraux, gouverneurs et autres hauts responsables sont pointés du doigt pour leur inertie médiatique. Certains abusent de la confiance présidentielle, d’autres travaillent sans rendre compte de leurs résultats, considérant l’information du peuple comme un acte facultatif. Le maintien de sites web obsolètes et le refus catégorique d’impliquer la presse nationale dans la valorisation des politiques publiques en sont les symptômes les plus visibles.
Cette carence a des conséquences directes. Elle prive les citoyens de leur droit d’évaluer la mise en œuvre des projets structurants et empêche le pays de mesurer l’impact réel des investissements de l’État. Un fossé se creuse ainsi entre la réalité des réalisations et la perception publique. Dans l’espace numérique actuel, dominé par l’instantané et l’émotion, le silence institutionnel est rapidement comblé par des narratifs alternatifs, souvent portés par des opposants ou des acteurs de la désinformation, érodant encore un peu plus la confiance.
La communication n’est plus un exercice cosmétique ou une simple opération de relations publiques ; c’est un devoir politique et un pilier de la gouvernance moderne. Il ne s’agit pas de faire de la propagande, mais de la pédagogie : expliquer les politiques, assumer les défis, reconnaître les progrès et humaniser l’action gouvernementale. Les Camerounais exigent de la clarté, des preuves et des résultats présentés de manière accessible.
Heureusement, une nouvelle génération de responsables, plus connectée et proactive, émerge et incarne une transition vers un État communicant. Mais ils sont encore trop peu nombreux. Une réforme en profondeur de la communication gouvernementale s’impose avec urgence. Elle nécessite une stratégie coordonnée, une professionnalisation des équipes et une exigence de reddition des comptes de la part de tous les détenteurs de mandat public.
La légitimité future ne pourra plus s’appuyer uniquement sur les acquis historiques ; elle dépendra de la capacité de l’État à reconquérir l’opinion par la transparence et le dialogue. Pour que l’œuvre du président Paul Biya soit pleinement comprise et partagée, il est impératif que la parole de l’État redevienne un outil de cohésion, de vérité et de fierté nationale. La presse, partenaire essentielle, doit être pleinement intégrée à ce processus.












