Un document convoité au cœur des débats
Dès l’ouverture de l’audience, la tension est montée d’un cran. Me Claude Assira, avocat de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), a mis le doigt sur une pièce qu’il estime capitale : l’original du procès-verbal n° 000054/2/47/15.1.2024, établi par le Service central de recherches judiciaires. Ce document, qui concerne le témoin Bodo Dina Alain, mis en examen pour atteinte à la sûreté de l’État, abus de confiance et destruction, serait, selon la défense, directement lié à la disparition d’images de vidéosurveillance dans l’affaire Martinez Zogo. Me Assira a dénoncé un parcours du combattant administratif pour tenter de l’obtenir, se heurtant au silence du Commissaire du Gouvernement, Cerlin Belinga, qui avait pourtant reçu sa correspondance le 23 mars.
La réponse cinglante du parquet militaire
La réplique du Commissaire du Gouvernement ne s’est pas fait attendre. Cerlin Belinga a opposé une fin de non-recevoir catégorique, invoquant le caractère non communicable d’un acte de procédure en l’état. Pendant plus de deux heures, les articles du Code de procédure pénale ont été martelés de part et d’autre, transformant le prétoire en une arène technique où chaque mot est pesé, chaque argument retourné. Un blocage qui aurait pu rester sans issue si la défense n’avait réussi à faire admettre au dossier quatre pièces de substitution, dont des correspondances de certification administrative, enregistrées sous l’identification « Pièces à conviction B ».
La demande de complément d’information rejetée
La bataille ne s’est pas arrêtée là. Me Kenmoe a tenté d’obtenir un complément d’information judiciaire concernant le témoin Bodo, en s’appuyant sur l’article 390 du Code de procédure pénale. Me Mbuny, de son côté, a soulevé une exception relative à la consultation du dossier au greffe. Le président du tribunal, M. Missé, a suspendu l’audience pour permettre aux juges de délibérer. À la reprise, le verdict est tombé : la demande de Me Mbuny a été partiellement satisfaite, mais celle de Me Kenmoe a été brutalement rejetée par un avant-dire-droit, déclarée non fondée. Un revers pour la défense, qui dispose désormais de 48 heures pour interjeter appel.
Un feuilleton judiciaire loin d’être terminé
L’audience s’est achevée aux alentours de 15h50, dans une atmosphère de suspens. Le tribunal a décidé de poursuivre l’audition du témoin Bodo Dina Alain, prévue pour ce mardi 31 mars. Dans cette affaire où chaque document arraché à l’administration peut faire basculer le destin des accusés, la détermination des avocats reste intacte. Leur objectif : continuer à creuser les zones d’ombre qui entourent ce témoin clé, et, à travers lui, tenter de faire émerger une vérité que la justice militaire, jusqu’ici, a souvent maintenue sous clé.












