La fin d’une époque à l’Assemblée et au Sénat
C’est un séisme silencieux mais d’une ampleur considérable qui vient de secouer les institutions camerounaises. Après trente-quatre ans de règne sans partage sur l’hémicycle de Ngoa-Ekellé, Cavaye Yeguie Djibril, 86 ans, a cédé son fauteuil à Théodore Datouo. Dans la foulée, le Sénat a lui aussi changé de patron, avec le départ de Marcel Niat Njifenji, 92 ans, figure tout aussi emblématique de la gérontocratie ambiante. Les nouveaux venus affichent des âges sensiblement plus bas : 66 et 64 ans. Un rajeunissement relatif, certes, mais qui tranche avec l’immobilisme des dernières décennies.
Des absents devenus indésirables
L’explication officieuse de ces départs tient en un mot : l’absentéisme. Ni Cavaye Yeguie Djibril ni Marcel Niat Njifenji n’ont assisté aux vœux de Nouvel An à la présidence. Le premier, surtout, s’était fait remarquer par des absences répétées aux sessions parlementaires et une propension à organiser ses propres cérémonies, comme s’il régnait sur une principauté autonome. Une situation que le palais n’était plus disposé à tolérer, à l’heure où l’exigence de résultats et de présence se fait plus pressante.
Un message clair à la classe politique
Pour l’analyste Achille Leudjo, cette double éviction envoie un signal sans ambiguïté à tous ceux qui seraient tentés de s’endormir sur leurs privilèges : « Le président vient de leur adresser un message clair : dès que je dis “dégagez”, vous dégagez. Il vient ainsi de renforcer son autorité. » Une lecture que partagent de nombreux observateurs, pour qui cette purge disciplinaire vise autant à réveiller l’appareil d’État qu’à rappeler qui détient réellement le pouvoir de nomination et de révocation.
Les prémices d’une réforme constitutionnelle ?
Serge Henri Kelbe, cadre du RDPC, va plus loin en voyant dans ces changements les signes avant-coureurs d’une révision constitutionnelle annoncée. « En changeant le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat, le chef de l’État s’oriente vers une réforme profonde de la Constitution. On aura forcément un vice-président qui sera soit du Nord-Ouest, soit du Sud-Ouest. » Une hypothèse qui prend tout son sens dans la perspective d’une transition maîtrisée et d’un rééquilibrage géopolitique attendu depuis longtemps.
L’attente du gouvernement, toujours
Reste que ces changements, aussi spectaculaires soient-ils, n’épuisent pas la promesse faite le 31 décembre dernier. Le nouveau gouvernement, tant attendu, n’a toujours pas été formé. Les spéculations vont bon train sur la composition de la future équipe, et sur le sort qui sera réservé aux ministres actuels. Une chose est sûre : après avoir déraciné les deux chênes du Parlement, Paul Biya a prouvé qu’il était prêt à aller très loin. Les courtisans retiennent leur souffle, guettant le prochain communiqué qui pourrait, d’un trait de plume, renvoyer au néant ceux qui se croyaient éternels.












