Un Patriarche et batisseur infatigable s’en va : Fotso Victor

L’ancien Maire de Pete-Bandjoun et richissime homme d’affaires camerounais Fotso Victor est décédé ce 20 mars 2020 à Paris à l’âge de 94 ans, de suite d’une longue maladie.

Aperçu il y’a quelques mois à bord d’un jet privé pour l’Europe, il avait participé à la rétrocession de la Mairie de Bandjoun à l’Etat construit sur fonds propres. L’Etat avait été représenté par le Ministre de la décentralisation et du developpement local, Georges Elanga Obam.

Qui était Fotso Victor?

Opérateur économique camerounais né en 1926 dans le village Bandjoun, région de l’Ouest, il quitte l’école très tôt (à l’âge de 15 ans) pour aller travailler dans les plantations à Foumbot et à Bafang. Dès 1947, il s’installe à Mbalmayo comme commerçant. En 1955, il se lance dans le transport en commun qu’il abandonne rapidement en 1960. Il construit un centre commercial en plein centre de Mbalmayo dès 1956. C’est à partir de 1970 que Monsieur Victor Fotso se lance en industrie avec la naissance de la Société Africaine de Fabrication de Cahiers (SAFCA); il s’en suivra par la suite la création de la Société PILCAM en 1974. Plusieurs autres compagnies commerciales ou industrielles suivront par la suite.
En outre, la compagnie Internationale de Service (CIS) à Paris en 1983, en collaboration avec le français Jacques Lacombe, qui fût un acteur important dans le fondement de l’empire Fotso (il décède le 9 juillet 1996). Le Groupe Fotso à la fin des années 90 comptait plusieurs industries et entreprises à savoir : FERMACAM, FABASSEM, FISHCO, GFA, PHYTOCAM, PILCAM, PROLEG, UNALOR et SOPICAM. Celles se retrouvaient aussi bien au Cameroun qu’au Mali ou en France. La CBC viendra s’y ajouter en 1997.
Mais au début des années 2000, avec l’effet de la mondialisation, le groupe connaîtra des difficultés sous l’effet de la concurrence et celle-ci aura raison des industries du Groupe qui seront pour la majorité vendues. M. Fotso se lance en politique avec l’avènement de la démocratie au Cameroun au début des années 90, avec le parti au pouvoir RDPC. Qualifié d’ami proche du président de la république, M. Fotso contribuera à la victoire du RDPC à Bandjoun et sera élu maire de la commune rurale de Bandjoun aux élections municipales 1996. M. Fotso a publié en 1994, son autobiographie intitulé, le chemin de Hiala.

Homme généreux

Entre autres, M. Fotso fait don en 1992 à l’État du Cameroun des bâtiments du Collège Laïc Polyvalent Fotso Victor qui deviendra plus tard l’IUT Fotso Victor. Il fera également don de l’hôtel de ville construite à environ 5 milliards de Franc Cfa à l’État du Cameroun. Parmi ces nombreux dons, on citera plusieurs églises réparties sur l’étendue du triangle national, des salles de classe dans la région de l’Ouest, des foyers Bandjoun à différents régions du pays et du bitumage de certains tronçons de route à Bandjoun. Le patriarche portait le nom de Fô Wa Gabigung à Bandjoun (le Chef qui partage).
Sa dernière apparition publique était liée à l’élection de l’exécutif communal de la Commune de Pete-Bandjoun le 25 février 2020. Bien qu’affaibli, il ne donnait pas l’impression que le baobab « Djo » s’écroulerait définitivement moins d’un mois plus tard.
C’est par un tweet de la Cameroon radio and television (Crtv) que l’information a circulé comme une traînée de poudre : « Fotso Victor est décédé ce jour à Paris à l’âge de 94 ans ». Plusieurs fois il avait été annoncé mort, la dernière en mars 2017, une fois encore la veille de l’anniversaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Cette fois est la dernière, car la vraie.


Ses apparitions publiques étaient rares ces dernières années. Bien que ployant sous le poids de l’âge, il était apparu aux yeux de tous que la condamnation de son fils Yves-Michel à deux peines de prison à vie en 2012, avait été vécue comme un drame qui a brisé quelque chose en lui. Surtout que cela s’accompagnait de la perte du contrôle du fleuron de la famille, la Commercial Bank of Cameroon (Cbc), projet porté de bout en bout dès 1997 par l’héritier putatif tombé en disgrâce. Peu loquace, il n’avait rien laissé paraître de sa déception. C’est même sur un autre terrain qu’il avait fait été cité dans les potins : il venait de prendre une très jeune épouse.

Un industriel déterminé

Le 20 août 2019, son fils mourant a été admis à bénéficier de soins au Maroc dans ce que d’aucuns présentent comme un accord obtenu entre le régime que le vieux défendait avec hardiesse jusqu’au dernier jour et la famille Fotso, sous les bons auspices du Vatican à qui le milliardaire de Bandjoun a fait don d’un milliard Fcfa le 30 juillet 2019 pour la construction de la cathédrale de Bafoussam. Deux mois plus tôt, le 11 mai, il en faisait la promesse, soutenu par le bras, avec sa gouaille habituelle, lors d’une messe d’action de grâces pour remercier Dieu de l’avoir secouru après une maladie qui avait failli l’emporter et qui a finalement eu raison de lui dans un hôpital parisien ce vendredi.
Plus célèbre que plusieurs autres milliardaires pourtant mieux nantis que lui au Cameroun et à l’Ouest, y compris à Bandjoun, Victor Fotso a longtemps été le visage du capitaine d’industrie autodidacte, à la tête d’un empire industriel bâti avec l’aide du Français Jacques Lacombe, décédé le 9 juillet 1996. Le groupe Fotso, qui a bénéficié des mesures incitatives du régime Ahidjo pour la mise sur pied d’un tissu industriel national, est composé, entres autres de la Société Africaine de Fabrication de Cahiers (Safca), de la Société de fabrication de piles (Pilcam), de la Compagnie Internationale de Service (Cis), l’Union Allumettière Equatoriale (Unalor), la Société Camerounaise de Fermentations (Fermencam), la Société de fabrication d’articles sanitaires et d’emballages (Fabassem), la Société de produits insecticides (Sopicam), la Société de production des légumes (Proleg) ou encore Phytocam, Fisco et Gfa.
Un échec qui lui est resté en travers de la gorge est celui de la chaîne brassicole allemande Mützig qu’il avait fait venir au Cameroun et que Castel racheta pour le compte de la Société anonyme des Brasseries du Cameroun.

Un héritage des plus flatteurs

Tout le plateau administratif de Poumougne est le fruit de son imagination et de son portefeuille : la préfecture, le palais de justice (ancienne mairie), l’hôtel de ville (l’un des plus impressionnants du pays, d’une valeur de 4 milliards de Fcfa, officiellement rétrocédé à l’Etat le 17 janvier dernier), la résidence du préfet, le marché central de Pete, entre autres. Lors de son premier mandat de maire, il s’évertua à doter Bandjoun de plusieurs axes bitumés avec les produits de la carrière dont l’exploitation est source d’importantes recettes municipales. Puis il rentra dans le rang. Se contentant de récolter la reconnaissance de Bandjoun pour l’ensemble de son œuvre. Depuis 2013, il a préparé sa fille Nicky-Love à prendre sa succession à la tête de la commune.
Pour la succession à la tête de l’empire, en l’absence d’Yves-Michel, de grosses batailles s’annoncent en perspective. Sa progéniture n’ayant pas attendu son départ pour mettre à nu des hostilités qui pourraient dépasser celles de la succession Soppo Priso.
Habitué à magnifier Bandjoun, il a construit dans plusieurs villes du pays des « foyers bandjoun » dont le plus grand est Etoa-Meki à Yaoundé. Pendant des décennies, il vêtait les associations de femmes Bandjoun du pays de pagnes colorés qui lui garantissait leur soutien indéfectible. Les bourses accordées aux jeunes et les milliers d’emplois créés dans ses différentes entreprises réservaient la part belle à ses frères du village.
C’est donc un roi – il avait reçu du roi Gnie Kamga les titres de Fo Wagap (Le roi qui ramasse et distribue) et Fo Gniapgoung (le roi qui bâtit le pays) – et même le roi tout court – il était l’alpha et l’omega des nominations dans le département du Koung-Khi et a pesé de son poids pour que l’actuel roi Bandjoun et sénateur Djomo Kamga soit désigné lors de la féroce succession de son prédécesseur – que Bandjoun, inconsolable, vient de perdre. Le roi est mort. Vive le roi !

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Manfred Essome


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