Mali: Le président sacrifie les membres de la Cour constitutionnelle

Pour tenter d’apaiser les esprits des populations et contrer les violentes manifestations qui ont secoué son pays le 10 juillet dernier, Ibrahim Boubacar Keita s’est plié à l’une des revendications majeures des manifestants.

« Suite aux nombreuses analyses, consultations et sollicitations sur la crise post-électorale et, pour sauvegarder et préserver la vie des populations et celle des membres restants de la Cour constitutionnelle, j’ai décidé d’abroger le décret de nomination des membres restants de la Cour constitutionnelle et d’aller vers la mise en œuvre des recommandations issues de la mission de la Cedeao », a déclaré le chef de l’Etat malien, Ibrahim Boubacar Keita. Dans la suite, il a fait savoir que la dissolution de la Cour constitutionnelle conduira dès la semaine prochaine à la désignation des membres compétents afin que cette institution reconstituée aide à trouver les solutions aux contentieux issus des élections législatives.
« Pour être en plus grande capacité de faire face à la situation actuelle tout en donnant des chances au gouvernement de consensus, je continuerai de privilégier le dialogue, avec toutes les forces vives de la nation, pour la mise en place d’une équipe gouvernementale consensuelle, composée de cadres républicains et patriotes et non de casseurs et de démolisseurs du pays. Le Mali mérite mieux que ça, chacun dorénavant est édifié et a vu ceux qui aiment le pays et ceux qui sont les démolisseurs du pays », analyse le président de la République. Abondant dans le sens de l’apaisement, Ibrahim Boubacar Keita a tenu à rassurer les victimes de ces évènements, et promis que l’Etat de droit s’assumera, les libertés fondamentales seront préservées tant qu’il continuerait d’avoir le lourd privilège de servir ce pays. « L’Etat de droit nous assigne à tous des devoirs et des obligations. De ces droits comme de ces devoirs, je suis le garant », martèle-t-il. Le président souhaite voir la justice se mettre en branle pour que les auteurs des atrocités commises soient rattrapés et punis selon les lois en vigueur.

Onze morts et plus de cent blessés

Le week-end écoulé a été marqué par un durcissement de la confrontation entre le gouvernement et l’opposition, onze manifestants sont morts, et 124 blessés. Dimanche, les Nations unies, l’Union africaine et l’Union européenne, dans un communiqué commun, ont condamné « l’usage de la force létale dans le cadre du maintien de l’ordre ». Une mission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est attendue pour servir d’intermédiaire dans les négociations, afin de dégager une issue à cette crise qui pourrait passer par des législatives partielles dans les circonscriptions contestées.
Ce sont les élections d’avril qui ont fait exploser la poudrière. La Cour constitutionnelle est soupçonnée d’avoir favorisé le parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali (RPM), en lui accordant plus de sièges de députés que ce que laissaient présager les premiers résultats, notamment dans la capitale. La colère s’est muée en manifestation de masse, agrégeant les frustrations. Depuis, une improbable coalition s’est constituée, le M5-RFP, Rassemblement des forces patriotiques, mêlant anciens ministres, militants anticorruption et sympathisants de l’imam rigoriste Mahmoud Dicko. En dépit des inquiétudes suscitées par le coronavirus, des foules immenses soutiennent une campagne de manifestations de masse dans tout le Mali. La corruption et le copinage, la faiblesse des services publics et du leadership national, les irrégularités électorales et l’incapacité du gouvernement à mettre un terme à la violence intercommunautaire et djihadiste ont alimenté la frustration populaire. Le Mali se retrouve coincé entre plusieurs feux. Aux violences du Nord, où les djihadistes, chaque mois, ôtent la vie à des dizaines de civils et de soldats maliens, à celles du centre, où la raréfaction des ressources alimente des conflits intercommunautaires, s’est ajoutée l’exaspération face à une corruption persistante et à l’inertie d’une économie freinée par l’état d’urgence sanitaire lié au Covid-19.

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Serge Becthold


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