Le Cameroun envisage de suspendre les importations de maïs afin de protéger les producteurs locaux confrontés à des difficultés d’écoulement de leurs récoltes, selon un courrier officiel consulté par nos soins. Dans une correspondance adressée au ministre de l’Agriculture datée du 8 Mai 2026, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, demande “la suspension, jusqu’à nouvel avis, de la délivrance des permis d’importation du maïs” ainsi que « la suspension des importations en cours », au titre de « mesures de sauvegarde ». Cette initiative, fait suite à une réunion interministérielle présidée le 7 mai par le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute, au cours de laquelle le gouvernement a évoqué « les importations massives du maïs, qui contrastent avec la mévente de la production locale ».
Le maïs constitue un produit stratégique au Cameroun. Outre sa consommation alimentaire directe, il représente l’un des principaux intrants utilisés dans l’alimentation animale, notamment dans les filières avicole et porcine. La mesure pourrait toutefois réduire davantage la facture des importations de maïs, déjà en baisse de 7,8 % en 2025 à 10,2 milliards FCFA pour 72 586 tonnes importées. Mais la production locale reste insuffisante pour couvrir la demande nationale. Selon le ministère de l’Économie, la production de maïs est passée de 1,98 million de tonnes en 2020 à 2,36 millions de tonnes en 2024, alors que les besoins du marché sont estimés à environ 2,8 millions de tonnes par an. Afin d’accélérer la production, l’État a transféré en avril dernier 6 milliards FCFA à la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME) pour soutenir les filières agricoles stratégiques, dont le maïs. Et de plus, l’Etat a mis en place des programmes de subventions du maïs et d’autres cultures vivrières par l’entremise du MINEPIA et du MINADER, sur l’ensemble du territoire national, afin de booster les petits producteurs et même des exploitants qui louent des terres agricoles.
Protection de la production locale pour un meilleur équilibre
L’analyse des données de l’organisme en charge de la statistique officielle au Cameroun (INS), révèle qu’en 2023, le Cameroun enregistrait son plus gros volume d’importation de maïs au cours de la période de 5 ans allant de 2018 à 2023. En effet, d’après les données compilées par l’INS, le plus gros volume d’importation de maïs effectué par le Cameroun remontait jusqu’ici à l’année 2021, avec des achats de 34 100 tonnes de maïs. Contre respectivement 13 700 tonnes, 14 600 tonnes et 19 600 tonnes en 2018, 2019 et 2020. Ce raffermissement des importations de maïs du Cameroun après 2021 coïncide avec le « renforcement de l’offre locale, consécutivement à l’entrée en service, en novembre 2021, d’une maïserie au sein de la Compagnie fermière du Cameroun (CFC) », fait observer l’INS dans son rapport sur le commerce extérieur du Cameroun en 2022.
Pour s’assurer de la disponibilité de la matière première qu’est le maïs, la compagnie fermière du Cameroun s’est engagée à accompagner 30 000 à 40 000 paysans structurés en coopératives, pour le développement de champs de maïs sur environ de 12 000 hectares. La production de gritz qui en découle vient s’ajouter aux quelque 10 000 tonnes de cette matière première achetées chaque année auprès de la société Maïscam, basée dans la région de l’Adamaoua, dans la partie septentrionale du pays. L’État du Cameroun cherche donc à protéger la production locale.












