Abiy Ahmed : le Prix Nobel de la paix entre l’Éthiopie et l’Erythrée

Mardi à Oslo, le Premier ministre éthiopien a promis poursuivre les efforts de paix entrepris entre les deux pays de la corne de l’Afrique et conduire davantage son paix sur la voie de la modernisation de ses institutions.

Abiy Ahmed, 43 ans, s’est vu attribuer le Nobel pour la réconciliation qu’il a menée tambour battant avec l’Erythrée. Annoncé le 11 octobre, le prix récompense aussi ses tentatives de médiation dans une région tourmentée ainsi que ses réformes visant à démocratiser son pays, longtemps livré à l’autoritarisme. Mais après des progrès spectaculaires dans les mois ayant suivi son entrée en fonction, en avril 2018, le vent a tourné : sa politique d’ouverture a ouvert la voie à une flambée de violences intercommunautaires en Ethiopie, tandis que le processus de paix avec l’Erythrée semble à l’arrêt. Le 10 décembre à Oslo, le premier ministre éthiopien a envoyé un signal fort à tous ceux qui partagent sa vision. « J’accepte cette récompense au nom des Éthiopiens et des Érythréens, en particulier ceux qui ont fait le sacrifice ultime pour la cause de la paix (…) J’accepte cette récompense au nom de mon partenaire et camarade de paix, le président (érythréen) Issayas Afewerki, dont la bonne volonté, la confiance et l’engagement ont été déterminants pour mettre fin à deux décennies d’impasse entre nos pays », a-t-il souligné. Dans la suite de son propos, il a sévèrement fustigé les « prêcheurs de la haine et de la division » qui, à l’aide notamment des réseaux sociaux, sévissent dans son pays en proie à un regain de violences intercommunautaires.

Le Prix Nobel comme invite à poursuivre les efforts de paix

Le Prix Nobel de la paix récompense « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix » selon les volontés, définies par le testament, d’Alfred Nobel. Cela comprend la lutte pour la paix, les droits de l’homme, l’aide humanitaire et la liberté. De l’avis de nombre d’observateurs, le sacre d’Abiy Ahmed intervient alors que le processus de paix avec l’Érythrée semble à l’arrêt. « Ce travail semble être au point mort », a remarqué Berit Reiss-Andersen, la présidente du comité Nobel avant de remettre le prix. « Le comité Nobel norvégien espère que vos réalisations antérieures, conjuguées au surcroît d’encouragement que représente le prix de la paix, inciteront les parties à poursuivre la mise en œuvre des traités de paix », a-t-elle déclaré. Les experts redoutent toutefois que Abiy Ahmed, plus jeune dirigeant d’Afrique, soit contraint d’accorder moins d’attention au processus de paix pour pouvoir se concentrer sur les élections « libres, justes et démocratiques » qu’il a promises pour mai 2020. Le dirigeant de 43 ans semble courir après le temps. Il a reçu le prix lors de festivités réduites au strict minimum et purgées de toute rencontre avec la presse, au grand dam de ses hôtes.

Entre la paix et les élections de mai 2020

Le 27 mars 2018, Abiy Ahmed a été élu à une large majorité à la tête de la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF). Cette élection marque un tournant dans l’histoire moderne de l’Éthiopie puisque c’est la première fois qu’un Oromo accède à la primature. Rapidement, le Premier ministre a fait libérer des milliers de manifestants et d’opposants politiques, a rétabli plusieurs libertés fondamentales, et a appelé à un retour des groupes d’opposition en Éthiopie. Le Parlement a ainsi voté le retrait de tous les groupes armés d’opposition de la liste des organisations terroristes. Abiy Ahmed a également procédé à un renouvellement profond des élites politiques et militaires, au détriment de la minorité tigréenne, au cœur du pouvoir depuis 1991. Néanmoins, une série d’assassinats ciblés en région Amhara et à Addis-Abeba, le 22 juin 2019, a mis en lumière la montée du nationalisme ethnique, qui constitue l’une de principales fragilités de l’Éthiopie. Lors de ces attentats, deux soutiens de poids au Premier ministre sont décédés : le président de la région Amhara, Ambachew Mekonnen, ainsi que le chef d’état-major de l’armée, Seare Mekonnen. Les élections générales prévues en mai 2020 constitueront une échéance majeure pour l’avenir du pays.

Depuis 2005, date à laquelle l’opposition avait remporté près d’un tiers des sièges et dénoncé des fraudes, aucun scrutin n’a été serré. En 2010, deux sièges seulement avaient échappé à l’EPRDF, et aucun en 2015. Mais les réformes mises en route par le Premier ministre ont ouvert la voie à des élections disputées. En novembre la coalition EPRDF a été transformée en simple parti, pour devenir le Parti éthiopien de la prospérité. Cette modification controversée a cependant été rejetée par l’une des quatre composantes de l’EPRDF, le Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), qui jusqu’à 2018 dominait la coalition. Le ministre de la défense, Lemma Megersa, un allié clé du Premier ministre, l’a aussi critiquée. Pour Abiy Ahmed, le changement d’image de l’EPRDF aiderait ses membres pour les prochaines élections et permettrait de couper court à l’ethno-nationalisme. Il se lance dans un pari risqué de relâchement de l’emprise du parti sans toutefois perdre le contrôle du pays.

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