Essos, le 2 septembre : quand la porte s’ouvre sur l’horreur
C’est un voisin anonyme qui a tout déclenché. Sans ce coup de téléphone, combien de temps ces enfants auraient-ils encore attendu dans cette maison isolée ? La question mérite d’être posée, parce qu’elle dit quelque chose de fondamental sur l’état de notre vigilance collective.
Les forces de l’ordre ont dû forcer la clôture puis la porte d’entrée. À l’intérieur : des enfants séquestrés, sans explication visible, dans des conditions que les premiers témoignages décrivent comme inhumaines. 12 suspects ont été interpellés. Parmi eux, un homme concentre toutes les attentions : Master Prophet E.K. Samuel, pasteur nigérian, fondateur de l’église de réveil « Mercy of God Ministry ».
L’homme possèderait d’autres sites à Nkoabang et Emombo 2e. Un conducteur de moto-taxi s’est manifesté auprès des enquêteurs, affirmant que l’un des enfants retrouvés est sa fille, disparue depuis six mois. Six mois. Une enfant portée disparue depuis six mois, retrouvée dans une maison à Essos. Et personne, dans tout ce temps, n’avait rien vu.
Ngousso, le 6 septembre : la même église, le même abîme
Trois jours après Essos, les gendarmes interviennent avant l’aube à Ngousso. Alertés par des riverains, ils découvrent 20 personnes dont 10 femmes, 8 hommes et deux enfants de 6 et 7 ans dans un sous-sol appartenant à la même enseigne religieuse : « Mercy of God Ministries ». Le sous-préfet de Yaoundé V, François Mabaya Essomba, doit intervenir en personne pour calmer une foule qui commence à se rassembler, électrisée par la colère.
Les enquêteurs établissent désormais la cartographie d’un réseau. D’autres sites à Mimboman, à Nkoabang font l’objet de vérifications. Les rumeurs parlent de plus de 41 enfants concernés au total. Les chiffres officiels restent à 18. L’écart entre les deux dit quelque chose sur ce qu’on ne sait pas encore.
Le vrai scandale : un réseau sous les yeux de tous
Ce qui choque le plus dans cette affaire, ce n’est pas uniquement la brutalité des faits. C’est l’évidence de ce qui a failli. Un pasteur étranger s’installe à Yaoundé. Il ouvre une église. Il en ouvre d’autres. Il séquestre des enfants dans des maisons et des sous-sols. Et pendant des mois, rien. Personne ne contrôle. Personne n’inspecte. Personne ne demande ce que font ces enfants-là.
Le ministère des Affaires sociales a pris « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité, la protection et le soutien psychologique » des enfants retrouvés. C’est bien. Mais c’est après. Ce qui manque au Cameroun, c’est l’avant le dispositif préventif qui aurait détecté ce réseau bien avant que les portes ne soient défoncées.
Les lieux de culte illégaux prolifèrent dans les grandes villes camerounaises sans contrôle sérieux. Des pasteurs autoproclamés y exercent une autorité absolue sur des populations fragiles. La loi existe pour encadrer ces pratiques. Son application, elle, ressemble à un champ vide.
Ces enfants ont été sauvés par un voisin anonyme. Pas par le système. C’est cela, le vrai scandale.












