Un mot d’ordre radical pour des revendications anciennes
Le jeudi 3 septembre 2026, le SYNES a jeté l’éponge de la négociation. La grève illimitée est entrée en vigueur, couplée à une suspension totale de toutes les activités académiques et de recherche dans les universités publiques. La secrétaire générale du syndicat, la professeure Jeanette Wogaing, est formelle : les enseignants n’iront pas en cours tant que l’État n’aura pas cédé sur deux points principaux. D’une part, le paiement intégral des arriérés de l’ « allocation spéciale pour la modernisation de la recherche », une prime que les enseignants-chercheurs n’ont pas vue. D’autre part, l’apurement total de la « dette académique », une accumulation d’impayés qui remonte à 2000. Des sommes qui couvrent les heures complémentaires, les jurys de master, les vacations et les expertises que les universitaires ont réalisées sans être rémunérés.
Un quotidien misérable malgré les diplômes
Le professeur Abah Oyono Jean Calvin, membre du SYNES, a dressé un tableau alarmant de la réalité des campus : « Pas d’infrastructures dignes, des enseignants qui n’ont pas de toilettes, des enseignants qui n’ont pas de bureau. » Il ajoute, amer : « Un professeur gagne à peine 500 000 francs CFA par mois. » Il estime qu’il est urgent « d’arrimer les salaires des enseignants d’université aux standards internationaux ». Un cri du cœur qui révèle un profond malaise social. Les annonces gouvernementales ne se sont pas concrétisées. Le paiement, bien que parfois effectif, reste souvent suspendu aux grèves, créant un cycle de tensions perpétuelles.
Une poudrière sociale qui menace la formation des élites
Cette grève tombe à un moment critique. Alors que le pays essaie de se relever des défis sécuritaires et économiques, le système universitaire, creuset de la formation des cadres, est à l’arrêt. 8 200 enseignants sont mobilisés. Si le gouvernement ne trouve pas une issue rapide, c’est une génération entière d’étudiants qui risque de voir son année académique compromise. Le dialogue est rompu, mais la pression, elle, ne fera que monter. L’État camerounais, déjà confronté à une série de crises sociales, est une fois de plus sommé de passer à la caisse. Car derrière les revendications financières, c’est bien la dignité d’une profession et l’avenir de toute une nation qui se jouent.












