À l’Assemblée nationale, le président Théodore Datouo a regretté, dans son discours de clôture, l’arrivée tardive du principal texte attendu de la session : le Document d’orientation budgétaire (DOB), cet instrument de programmation qui fixe les grandes lignes des finances publiques pour les trois années à venir, et que le Parlement est appelé à examiner puis à approuver.
Le grief porte moins sur l’existence du texte que sur les conditions de son examen. Transmis à l’Assemblée nationale le vendredi 4 juillet 2026, le document a été débattu puis adopté le 6 juillet, soit à peine quarante-huit heures avant la clôture de la session. En d’autres termes, le Parlement a été conduit à se prononcer sur l’un des textes les plus structurants du calendrier budgétaire dans un laps de temps particulièrement réduit.
En effet, Théodore Datouo a choisi le registre mesuré, mais le message est clair. Pour lui, la nature même du Document d’orientation budgétaire exige un traitement plus rigoureux. Un tel texte, a-t-il souligné, appelle un dépôt dans des délais compatibles avec un examen approfondi et serein par la représentation nationale.
Dans une formulation soigneusement diplomatique, le président de l’Assemblée nationale a replacé cette exigence dans le cadre plus large des rapports entre institutions. « Cette synergie dans l’action devrait demeurer au nombre des marques distinctives des excellents rapports qui prévalent entre l’Exécutif et le Législatif », a-t-il déclaré. Derrière cette phrase policée se lit une critique bien connue : celle d’un Parlement souvent saisi tardivement sur des textes majeurs, au risque d’en réduire la capacité réelle d’analyse, d’amendement et de contrôle.
Le reproche n’est pas nouveau au sein de l’hémicycle camerounais. Depuis plusieurs années, des élus dénoncent la transmission tardive de textes jugés essentiels, qu’il s’agisse du Document d’orientation budgétaire, de la loi de règlement ou encore du projet de loi de finances. À leurs yeux, cette pratique contribue à installer une routine institutionnelle dans laquelle le temps du Parlement se trouve comprimé au profit de celui du gouvernement.
Pour certains députés, il ne s’agit pas seulement d’une lourdeur administrative ou d’un retard technique. Ils y voient aussi une manière pour l’exécutif de limiter l’examen minutieux de documents sensibles, en particulier lorsque ceux-ci touchent à l’orientation des finances publiques et sont susceptibles d’ouvrir des débats plus exposés politiquement.
Dans le cas présent, le caractère expéditif de l’examen du DOB renforce ce sentiment. Car ce texte ne relève pas d’une formalité secondaire : il trace les grandes hypothèses budgétaires de l’État, éclaire les choix de dépense et préfigure, en partie, les arbitrages à venir.
Des ajustements budgétaires en perspective
Par ailleurs, le ministre des Finances Louis Paul Motaze, avait pourtant évoqué il y’ a quelques mois, la nécessité d’ajustements budgétaires pour tenir compte des répercussions de la guerre au Moyen-Orient, entre flambée des cours du pétrole et retour des tensions inflationnistes.
Le prix du baril de Brent a franchi le seuil des 80 dollars, générant près de 180 milliards de FCFA de recettes pétrolières supplémentaires, une embellie largement neutralisée par la hausse de la facture des importations de carburants. Le gouvernement, qui envisageait de supprimer totalement les subventions à la pompe en 2026, prévoit désormais de les réintroduire à hauteur de 253,7 milliards de FCFA, soit 0,7 % du PIB projeté.
En l’absence de collectif budgétaire, le Parlement pourrait encore se réunir en session extraordinaire, ou le président de la République recourir à une ordonnance pour autoriser les ajustements nécessaires. Le budget de l’État reste pour l’instant fixé à 8 816,4 milliards de FCFA, conformément à la loi de finances promulguée le 17 décembre 2025.












