Des auditions aux rebondissements inattendus. L’exploitation des preuves numériques a de nouveau occupé le centre des débats, lundi 22 juin 2026, devant le tribunal militaire de Yaoundé, dans le procès sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Ré-entendu par le commissaire du gouvernement lors de sa re-examination, l’expert en cybercriminalité Georges Bell Bitjoka, a confirmé un point désormais central dans le dossier : le téléphone attribué à Jean Pierre Amougou Belinga et utilisé dans certains échanges avec le lieutenant-colonel Justin Danwe, n’a pas été retrouvé à ce jour.
Le magistrat militaire Cerlin Belinga a demandé à l’expert de préciser à nouveau au tribunal, à partir de quel appareil avaient été supprimés les échanges entre l’homme d’affaires et l’ancien directeur des opérations de la DGRE. En réponse, Georges Bell Bitjoka a expliqué que le terminal ayant servi aux communications du côté d’Amougou Belinga n’avait pas pu être formellement identifié par les enquêteurs.
En effet, selon l’expert, c’est l’exploitation de l’un des téléphones de Justin Danwe, qui a permis de récupérer des messages WhatsApp supprimés, et de repérer la fréquence des appels liés à un numéro récurrent. À partir de ce numéro, les enquêteurs ont pu retracer l’identifiant unique du terminal du correspondant, décrit comme un iPhone série 12.
Par ailleurs, Georges Bell Bitjoka a indiqué que cet appareil avait été localisé chez un monsieur, que les enquêteurs n’ont pas jugé nécessaire de retrouver. C’est dans ce contexte qu’il a affirmé devant le tribunal : « Nous n’avons pas retrouvé le téléphone d’ Amougou Belinga. » Il a ajouté que l’appareil utilisé pour ces échanges avait, selon lui, été soustrait par d’éventuels commanditaires.
De plus, cette séquence prolonge les déclarations déjà faites par l’expert lors de l’audience du 1er juin. Il avait alors expliqué qu’une part limitée seulement des téléphones attribués à Jean Pierre Amougou Belinga, avait pu être analysée. Selon ses propres termes, moins de 30 % des appareils gravitant autour de l’accusé avaient effectivement été exploités, tandis qu’une partie significative de son environnement numérique restait soit non identifiée, soit inaccessible. L’expert en cybercriminalité, avait alors insisté sur le caractère partiel de cette cartographie, en affirmant que l’activité numérique de l’homme d’affaires, dépassait largement les appareils effectivement versés à l’analyse. Autrement dit, une partie du matériau numérique potentiellement utile à l’enquête, n’aurait jamais été pleinement récupérée ni examinée.
Georges Bell Bitjoka a également indiqué que l’un des numéros ayant le plus échangé avec Justin Danwe avant l’enlèvement et l’assassinat de Martinez Zogo, le 17 janvier 2023, avait été identifié comme appartenant à la secrétaire de Jean Pierre Amougou Belinga. Mais, selon lui, ce téléphone aurait été entièrement réinitialisé avant d’être remis aux enquêteurs.
Dans ces conditions, l’expert a expliqué que le lien technique entre Justin Danwe et Jean Pierre Amougou Belinga n’avait pu être établi, qu’à partir des seuls messages supprimés récupérés dans le téléphone du premier. Sur cette base, il a cependant maintenu une réserve importante à l’audience : « Je n’ai pas trouvé d’éléments explicites entre Justin Danwe et Amougou Belinga sur l’affaire Martinez Zogo. »
Cette incomplétude de l’exploitation numérique continue de peser sur la lecture du dossier judiciaire. Car si les éléments exhumés renforcent les soupçons entourant les échanges entre plusieurs protagonistes, l’absence du téléphone présenté comme celui utilisé par Amougou Belinga, prive l’enquête d’un accès direct à une partie potentiellement décisive des communications.
La question n’est pas seulement technique. Elle touche à la solidité même de la démonstration judiciaire. D’autant que, dans cette affaire, des téléphones présentés comme appartenant à Jean Pierre Amougou Belinga ont par ailleurs été décrits comme vides devant un autre expert en cybercriminalité, Jean Pierre Ouloumou. À ce stade du procès, la séquence du 22 juin met donc en lumière l’une des faiblesses majeures du volet numérique du dossier : une partie des échanges a pu être reconstituée, mais sans accès complet aux terminaux attribués à l’un des principaux accusés. Au terme des audiences des 22 et 23 juin, ce n’est donc pas seulement une thèse technique qui a vacillé. C’est aussi l’absence d’une preuve tangible du dossier qui semble désormais fragiliser l’affaire. Les prochaines audiences se tiendront du 13 au 14 Juillet 2026 à Yaoundé.












