Ce qui s’est passé, officiellement
Le communiqué du gouvernement lève désormais toute équivoque. Au courant du mois de juin 2026, un individu s’est présenté dans les locaux de la CRTV à Yaoundé, porteur d’un pli fermé contenant ce qu’il présentait comme un décret présidentiel portant nomination d’un vice-président de la République. Le document arborait les sceaux officiels de la Présidence de la République et une signature attribuée au chef de l’État, Son Excellence Paul Biya.
Le document n’a pas été diffusé. La vigilance des responsables de la CRTV a fait barrage. Le gouvernement le dit sans ambiguïté : ce décret n’a jamais été signé par qui de droit. L’individu est depuis interpellé, entre les mains des autorités compétentes, qui ont engagé des investigations approfondies. Une précision s’avère importante : le gouvernement confirme que cet individu ne figure dans aucun effectif de la Présidence de la République et n’était nullement habilité à effectuer des missions de cette nature.
La tentative la plus sophistiquée à ce jour
Ce qui distingue cette affaire des faux décrets qui circulent habituellement sur Facebook, c’est son architecture. L’auteur n’a pas posté un document numérique sur les réseaux sociaux depuis son téléphone. Il s’est physiquement déplacé jusqu’au siège de la radio-télévision nationale. Il a attendu un moment où le directeur général Charles Ndongo était absent. Il a remis un pli scellé avec la forme, le protocole et les attributs visuels d’un vrai document présidentiel.
Il ciblait précisément la CRTV parce qu’il savait ce que nous savons tous : quand la voix de la Nation lit quelque chose en direct à 17 heures, ce quelque chose devient réel dans l’esprit de millions de Camerounais avant même que le moindre démenti soit rédigé. C’est la mécanique de la légitimité institutionnelle qu’il voulait pirater. Et il avait presque réussi.
Ce que la République a décidé de ne pas laisser passer
Le gouvernement n’a pas simplement confirmé les faits. Il a rappelé solennellement les règles : la diffusion des actes officiels au Cameroun décrets, arrêtés, nominations, ordonnances obéit à des procédures strictes et réglementées. Lorsqu’il s’agit d’actes du président de la République, leur publication suit un circuit officiel, codifié, centralisé au sein de la Présidence. Aucun pli déposé par un inconnu à la réception d’une télévision publique ne peut prétendre à cette légitimité.
Toute décision dans ce domaine est et demeure de la seule et exclusive prérogative du Président de la République, Son Excellence Paul Biya. Cette phrase, placée en clôture du communiqué, n’est pas une formule protocolaire. C’est un rappel à l’ordre adressé à tous ceux qui, dans l’attente fébrile d’un vice-président et d’un remaniement gouvernemental, pourraient être tentés de forcer la main de l’histoire avec une imprimante et de l’audace.
La leçon que cette affaire impose
Ce qui a sauvé le Cameroun d’une crise institutionnelle sans précédent, ce n’est pas un système de vérification numérique sophistiqué, ni un protocole de sécurité ultradéveloppé. C’est un journaliste Aimé Robert Bihina qui a eu le bon réflexe de ne pas diffuser avant de vérifier. Un geste de professionnel, dans un pays où la CRTV elle-même est en situation d’insolvabilité technique selon les analyses les plus récentes.
Le gouvernement invite les citoyens à davantage de vigilance et de discernement. C’est une bonne invitation. Mais elle doit s’adresser aussi aux institutions elles-mêmes parce que la prochaine tentative sera peut-être encore mieux préparée que celle-ci. Et la prochaine fois, Aimé Robert Bihina ne sera peut-être pas là.












