Huit maires en exercice et un ex-édile. Convoqués « pour affaire très urgente » au Secrétariat permanent du Conseil de Discipline Budgétaire et Financière. Le communiqué signé par la ministre déléguée Mbah Acha Rose Fomundam est daté du 17 septembre 2026, et le ton ne laisse pas beaucoup de place au doute sur la gravité du dossier. En effet, le tableau annexé au communiqué référencé n° 26 00049/C/PR/CONSUPE/SP-CDBF/SCS liste les convoqués sans détour. Dr Noah Vincent de Paul, maire d’Okola. Eto Romain Roland, maire de Nanga Eboko. Akono Alinga André Rémi, maire d’Awaé. Njatou Ngadep Nazaire Brolin, ex-maire de Makénéné. Tous magistrats municipaux de la région du Centre.
S’ajoutent Ebwea Pierre Honoré à Mouanko, Manfo Songong Jean René à Penja, Manfred Njecacal à Dibamba dans le Littoral, Ipoua Robert Olivier à Campo dans le Sud, et Njoya Inoussa, maire de Foumbot dans l’Ouest. Quatre régions concernées. Ça pose question sur l’ampleur réelle du problème dans la gestion communale camerounaise, et pas seulement sur un cas isolé.
Aucune condamnation à ce stade. La convocation ouvre une procédure disciplinaire et budgétaire, rien de plus, rien de moins, et la présomption d’innocence reste entière pour les neuf intéressés. Dans le dispositif camerounais, le CDBF juge les fautes de gestion des ordonnateurs publics depuis la loi de juillet 1976, complétée par le décret du 17 janvier 2008. Les textes au Cameroun, rappellent qu’une convocation pour affaire très urgente, signifie généralement qu’un audit du Consupe a déjà bouclé son rapport et détecté des irrégularités graves.
Le précédent le plus lourd reste celui de l’ex-maire de Bafia, condamné à perpétuité après une mission de contrôle ayant mis au jour huit chefs d’accusation, dont un retrait bancaire frauduleux de 24 millions de francs CFA. Mais le cas du maire de Ngomedzap montre aussi les limites du système : sa condamnation par le CDBF a été cassée par la Chambre des comptes, qui a rappelé sa compétence exclusive en la matière.
Depuis la loi de 2018 portant régime financier de l’État, cette compétence devait en principe basculer vers la Chambre des comptes. Le CDBF continue pourtant de convoquer, et la ministre chargée du Consupe l’a redit en avril 2026 : « le CDBF n’est pas mort ». Difficile de ne pas y voir un flou institutionnel qui profite rarement aux citoyens en attente de sanctions claires.
Le Consupe et le CDBF ciblent principalement les dérives de gestion financière commises par les ordonnateurs de budgets publics, notamment: les majorations frauduleuses de coûts (surfacturation), la passation de marchés publics fictifs, le détournement et l’affectation de ressources communales à des fins personnelles, le non-reversement des recettes municipales dans les caisses de l’État.
D’après les bilans consolidés présentés par l’institution, l’impact des fautes de gestion sur le Trésor public camerounais reste colossal : 145,4 milliards de FCFA de préjudice financier ont été retenus à la charge de gestionnaires indélicats depuis 2008; Plus de 1 050 fautes de gestion ont été officiellement sanctionnées par le CDBF, touchant des centaines d’agents publics. En parallèle, les sanctions juridictionnelles directes (notamment via la Chambre des comptes) continuent de pleuvoir avec des peines d’emprisonnement allant parfois jusqu’à la perpétuité pour les cas de détournements les plus graves.
Dans son discours de circonstance à Garoua lors d’un atelier en Juillet 2026, la Ministre Rose Mbah Acha Fomundam, attirait l’attention des participants sur la nécessité d’utiliser les fonds publics de la manière rationnelle et efficiente. Car selon elles de nombreux gestionnaires commettent des fautes de gestion par ignorance et surtout parce qu’ils ont adopté de mauvais réflexes qui semblent s’ériger en normes. Le volet formation et accompagnement des gestionnaires, est l’un des piliers du plan d’action annuel du Consupe. loin d’être uniquement un gendarme, le Consupe est aussi un accompagnateur et un encadreur de tous ceux qui sont amenés à gérer les fonds publics au Cameroun.












