La dette et le déficit liés aux volumes consommés ou évaporés sont évalués à environ 21 milliards de FCFA, certains documents évoquant des tensions ou des volumes globaux massifs (notamment 22,7 millions de litres prélevés sur les réserves nationales). Dans la nuit du 9 au 10 octobre 2026, une quarantaine de personnes (comprenant des commissaires, des officiers, des inspecteurs, des gardiens de la paix et des civils) ont été déférées à la prison centrale de Kondengui par le Tribunal Criminel Spécial (TCS)
Une cinquantaine de fonctionnaires de police ont initialement été entendus dans le cadre de cette enquête concernant la gestion des soutes et des bons de carburant, incluant des responsables comme le chef de service adjoint des carburants et lubrifiants à la DGSN (Tossom Benoît Pompidou).
Les investigations font apparaître des prélèvements sur les réserves stratégiques gérées via des entités comme la SCDP, soulevant des questions sur les autorisations ministérielles et les contrôles de jaugeage exigés par la réglementation. Les policiers aux arrêts, sont tous accusés de détournement de biens publics et blanchissement de capitaux à l’heure actuelle.
La genèse de ce détournement massif de biens publics
Tout commence par une lettre. Datée du 6 octobre 2026, signée du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, adressée au secrétaire général de la Présidence de la République. Le document, que nous avons pu consulter, est sans ambiguïté : la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a épuisé ses stocks stratégiques pour alimenter la police. La DGSN n’a pas payé. La dette est précise au franc près.
Ce chiffre correspond à 22 765 mètres cubes de produits pétroliers, soit 22,7 millions de litres, prélevés sur des réserves destinées à la sécurité nationale. Une partie de ces volumes n’appartenait même pas à l’État : ils étaient stockés dans les dépôts de la SCDP pour le compte de marketers privés. Ces opérateurs réclament désormais leur dû. La SCDP est prise en étau. Elle doit rendre des comptes à des entreprises privées. Elle n’a plus de stocks. Elle n’a pas été payée pour ce que la police a consommé.
En outre, des documents budgétaires du ministère des Finances, datés d’août 2022 et de mai 2023, mentionnent déjà une « dette flottante » liée à la consommation de carburant de la police, avec un besoin de réconciliation entre SONARA et la DGSN. Ni l’un ni l’autre de ces documents ne précise le montant concerné ni le résultat des vérifications. Une autre pièce s’ajoute au dossier. Une convention signée par le ministère des Finances avec la société Neptune Oil, pour un montant de 4 875 520 000 FCFA. Objectif : remplacer 5 860 mètres cubes de carburant consommés par la police en 2022 et 2023. La dépense a été dûment engagée, vérifiée et autorisée au paiement. Elle n’a jamais été payée. Neptune Oil attend toujours à date.
L’enquête judiciaire, elle, a basculé ces dernières semaines. Selon plusieurs sources concordantes, une cinquantaine de policiers ont été interpellés et auditionnés au Groupement spécial d’opérations (GSO) à Yaoundé. Puis, le dossier a été transmis entre les mains du Tribunal criminel spécial (TCS). Parmi les personnes déférées : le commissaire divisionnaire Henrick Walter Elouna, ancien responsable de la Division régionale de la police judiciaire du Sud. Il devra répondre des faits qui lui sont reprochés. À ce stade, aucune décision de justice n’a été rendue. Il bénéficie de la présomption d’innocence. L’enquête doit encore préciser les responsabilités exactes. Le TCS devra démêler ce qui relève de la négligence administrative, de la mauvaise gestion et, le cas échéant, du détournement pur et simple.












