Côte d’Ivoire : vers une présidentielle à hauts risques

La mise à l’écart des candidats déclarés, à travers condamnations et mandat d’arrêt, et l’intention du président Alassane Ouattara de soumettre au parlement des modifications de la Constitution, présagent une fin de mois d’octobre 2020 sulfurique.

D’après la Constitution, le premier tour de l’élection présidentielle a lieu le dernier samedi du mois d’octobre de la cinquième année du mandat du président de la République et du vice-président de la République en fonction. Si la date de l’élection est connue, le mystère reste entier sur l’identité des candidats. Présentant les vœux de nouvel an à la nation, le président Alassane Ouattara, interdit de se présenter à cause de la limitation de mandat, a manifesté son intention de soumettre au parlement des modifications de la Constitution dans le courant du premier trimestre 2020. L’objectif visé : « la rendre plus cohérente et tenir compte des observations que j’ai reçues depuis lors du comité de rédaction de la constitution », a justifié le président. En visite d’Etat le 30 novembre 2019 dans la région du Hambol, il a eu cette phrase : « alors si eux décident d’être candidats, je serai candidat ! », faisant allusion à Konan Bédié et Laurent Gbagbo. L’on comprend aisément que les modifications visent en premier le verrou de l’article 55 de la Constitution. « Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois », dispose-t-il. Alassane Ouattara réussira-t-il ce passage en force ?

Une atmosphère électrique

Bien avant la modification envisagée de la Constitution, l’atmosphère est tendue en Côte d’Ivoire suite à des faits de justice. Le 23 décembre 2019, Guillaume Soro, premier candidat déclaré à la présidentielle, s’est vu accuser par la justice de son pays d’avoir préparé « une insurrection civile et militaire » pour s’emparer du pouvoir. En lieu et place d’un retour au pays natal, Guillaume Soro est rentré en Europe sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Plusieurs députés, dont Alain Lobognon, et membres du mouvement Générations et peuples solidaires (GPS) sont placés sous mandat de dépôt à Abidjan.

L’horizon politique s’obscurcit également pour Charles Blé Goudé. Le 30 décembre 2019, le leader du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) a été condamné à 20 ans de prison ainsi qu’à 10 ans d’inéligibilité par contumace pour « actes de torture, homicides volontaires et viol », dans les évènements post électoraux de 2010.

Dans ce contexte particulièrement tendu, le président Ouattara se veut rassurant, notamment sur les intentions d’exclusion. « Je voudrais rassurer les uns et les autres qu’il ne s’agit pas de caler qui que ce soit. Comme je l’ai dit, tout le monde pourra être candidat. Je viens d’avoir 78 ans, donc, je ne compte exclure personne y compris moi-même », a assuré le chef de l’État ivoirien.

Quid des cadors ?

En Côte d’Ivoire les années passent mais les appétits restent. « L’histoire ivoirienne est un perpétuel recommencement. Et j’ai comme l’impression que personne n’en tire les leçons, surtout Alassane Ouattara qui a souffert, qui a été exilé. On pensait qu’après ce qui s’est passé avec Gbagbo, il serait l’homme du rassemblement, de la réconciliation et de l’unité », explique Alioune Tine, ancien directeur du bureau Afrique de l’Ouest d’Amnesty international et observateur de la scène politique ivoirienne. Alassane Ouattara 78 ans, Henri Konan Bédié 85 ans, et Laurent Gbagbo 75 ans, ne sont pas prêts de prendre leur retraite. Dix ans après, la page de la crise électorale qui avait fait 3 000 morts est loin d’être tournée !

« La question fondamentale tourne autour du pouvoir et comment le conserver. Une fois qu’on est au pouvoir en Côte d’Ivoire, on perd la tête. C’est incroyable », déplore Alioune Tine, à qui le président Ouattara semble donner raison lorsqu’il affirme : « la Côte d’Ivoire appartient aux prochaines générations. Mais comme je vois des hésitations au niveau de certains de ma génération, c’est pour ça que je n’ai pas annoncé ma décision », alors même qu’il a promis ne rien faire pour se représenter en 2020. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !

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Gérard Barbut


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