Le Fonds monétaire international (FMI) appelle le Cameroun à accélérer sans délai la réforme de sa politique de fixation des prix des carburants. Dans son rapport des services relatif aux consultations de 2026 au titre de l’Article IV, l’institution considère que la forte diminution des subventions observée ces dernières années constitue une avancée importante, mais insuffisante pour mettre définitivement les finances publiques à l’abri des fluctuations du marché pétrolier mondial.
Pour le FMI, le maintien de prix administrés continue d’exposer l’État à un risque financier potentiellement élevé en cas de remontée des cours internationaux du pétrole. « La réforme radicale des subventions aux carburants et la faiblesse des prix internationaux du pétrole ces dernières années ont permis de réduire les subventions, mais seul un mécanisme d’ajustement automatique des prix permettra d’atténuer les risques pour les finances publiques. Le coût budgétaire des subventions aux carburants est tombé d’environ 4 % du PIB en 2022 à moins de 1 % en 2024. La mise en place d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix permettrait de réduire les risques budgétaires. Réduire l’écart entre les prix administrés et les prix assurant le recouvrement des coûts, tout en effectuant une revue approfondie du barème, sont des conditions préalables essentielles à la réforme. La réforme devrait tenir compte des contraintes opérationnelles et de gouvernance et garantir la transparence », souligne le FMI.
Entre importations et conflit en plein Moyen-Orient
À travers cette recommandation, le Fonds défend un système dans lequel les prix à la pompe évoluent en fonction des coûts réels d’approvisionnement, plutôt que d’être maintenus artificiellement à un niveau fixé par les autorités publiques. Il faut dire que le contexte est assez marquant: Le conflit entre les États-Unis et l’Iran ont une incidence sur la circulation des produits pétroliers dans le détroit d’Ormuz, réputé comme un chemin mondial incontournable pour le transport maritime de biens et produits de haute valeur.
De plus, le Cameroun importe la quasi-totalité de ses produits pétroliers finis auprès de 9 principaux pays fournisseurs à travers le monde. Depuis l’incendie de la SONARA en 2019, le pays ne raffine plus pour le marché local et dépend de l’extérieur pour son carburant. Parmi les pays fournisseurs du Cameroun, figurent la Belgique (premier fournisseur, environ 36%), le Nigeria (environ 18%, avec en plus un approvisionnement direct auprès de la méga-raffinerie Dangote), Les États-Unis (environ 9%) L’Inde (environ 8,5%), la Corée (environ 6,8%), la Grande-Bretagne (environ 6,4%), le Brésil (environ 5%), l’Espagne (environ 2,7%), le Togo (environ 7%, souvent comme plateforme de transit ou négoce).
Depuis 2023, les autorités camerounaises ont procédé à deux relèvements successifs des prix à la pompe. D’après les données du ministère de l’Eau et de l’Énergie, le litre de super est passé de 630 FCFA à 840 FCFA entre janvier 2023 et février 2024. Sur la même période, le litre de gasoil est passé de 575 FCFA à 828 FCFA. Ces mesures ont contribué à alléger significativement la charge supportée par le budget de l’État. Selon les documents budgétaires consultés par Meyomessala International, les subventions aux carburants représentaient environ 1 000 milliards de FCFA en 2022. Elles sont ensuite retombées à 640 milliards de FCFA en 2023, puis à une prévision de 263,3 milliards de FCFA en 2024. La trajectoire de réduction s’est poursuivie dans la loi de finances 2025, qui ne prévoit plus que 15 milliards de FCFA de subventions aux carburants, contre 263,3 milliards un an auparavant, soit une baisse de plus de 94 %.
Bien que le Fonds Monétaire International estime qu’un mécanisme d’ajustement automatique des prix, permettrait d’aligner davantage les tarifs domestiques sur les coûts réels d’approvisionnement, de limiter le risque de résurgence de subventions massives, le Cameroun n’est pas à l’abri d’une hausse prochaine des prix des hydrocarbures.












