Le système électrique camerounais traverse une nouvelle turbulence. Dans une note d’information publiée le 2 juin 2026, le ministère de l’Eau et de l’Énergie par la voix de Gaston Eloundou Essomba, indique que les sociétés Kribi Power Development Company (KPDC) et Dibamba Power Development Company (DPDC), filiales du groupe Globeleq, ont retiré, leurs capacités de production de leurs centrales thermiques du Réseau interconnecté Sud (RIS). Ces deux centrales occupent une place stratégique dans l’équilibre du système électrique. La centrale à gaz de Kribi dispose d’une capacité installée de 216 MW, tandis que la centrale de Dibamba, alimentée au fuel lourd, et mobilisée notamment pour répondre aux pics de demande, affiche 88 MW. Ensemble, elles représentent 304 MW de capacité installée au niveau national.
Suivant la note du MINEE, ce retrait intervient dans un contexte marqué par le blocage des comptes bancaires dudit groupe par l’administration fiscale, dans le cadre d’une “procédure de recouvrement forcé” consécutive au non-paiement de certaines obligations fiscales.
Ledit document ajoute que cette procédure survient dans « un environnement de tensions de trésorerie liées aux impayés persistants du concessionnaire de distribution ». Cette précision est décisive. Elle montre que la crise ne se réduit pas à un simple différend fiscal entre l’État et un producteur privé. Elle s’inscrit dans une chaîne de tensions où les retards de paiement du distributeur fragilisent les producteurs, qui doivent ensuite faire face à leurs propres obligations fiscales, financières et opérationnelles.
Globeleq habitué à cette baisse de régime
Contrôlé à 100% par le fonds d’investissements britannique Actis, qui a lui-même racheté 100% des actifs de l’Américain AES Corp dans le secteur de l’électricité au Cameroun en 2013, le repreneur de KPDC et de DPDC est un mastodonte. Il s’agit en effet d’une société spécialisée dans le développement et l’exploitation de centrales électriques de grande puissance. Ses principales activités consistent à posséder, développer, exploiter ou acquérir des participations dans des installations électriques. Présent dans 26 pays en Afrique et en Amérique, Globeleq, dont les actifs s’élèvent à plus de 500 milliards de francs Cfa (1,3 milliard de dollars), a participé à la production de près de 14 000 MW d’électricité à travers le monde, depuis 2002. Au Cameroun, cet opérateur du secteur énergétique contrôle la production d’un peu plus de 300 MW (plus de 20% de la production nationale), qui continueront d’être vendus au concessionnaire du service public de l’électricité actuellement SOCADEL.
Les conséquences sur l’approvisionnement ont été immédiates suite à cette décision . Le ministère de l’énergie indique que le retrait des capacités de production a entraîné « une réduction significative des capacités de production disponibles sur le RIS », avec pour incidence des perturbations dans l’alimentation électrique et des délestages affectant 40% des usagers des régions du Littoral et de l’Ouest. En outre, ces deux régions sont particulièrement sensibles aux tensions de production et de transport. Elles concentrent une partie importante de l’activité économique nationale, notamment autour de Douala et de son grand bassin industriel. Une réduction brutale des capacités disponibles sur le Réseau interconnecté Sud peut donc se traduire rapidement par des délestages, des pertes de production pour les entreprises, et une dégradation du service pour les ménages. Face à l’ampleur de la situation, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a engagé des démarches auprès de son homologue des Finances, Louis-Paul Motaze. L’objectif affiché est d’ouvrir des concertations entre les administrations concernées et les parties prenantes. Le ministère assure que les administrations concernées demeurent mobilisées pour un rétablissement progressif de la situation dans les meilleurs délais.
La situation inconfortable de la SOCADEL
Au-delà de l’urgence opérationnelle, cette crise révèle une faiblesse structurelle majeure : la fragilité financière de la chaîne électrique camerounaise. Le ministère évoque explicitement les tensions de trésorerie liées aux impayés persistants du concessionnaire de distribution. Ce concessionnaire qui est désormais la Société camerounaise de distribution de l’électricité, Socadel, appelée à reprendre les activités de distribution après la reprise en main du secteur par l’État il y’a un mois précisément.
Selon le plan de restructuration d’Eneo/Socadel rapporté par nos confrères d’Investir au Cameroun, le distributeur national affiche un déficit financier mensuel moyen d’environ 13 milliards de FCFA. Le document indique que la société collecte environ 31 milliards de FCFA par mois, alors que ses charges mensuelles décaissables atteignent 44 milliards de FCFA aux dernières nouvelles.
Toutefois l’épisode KPDC-DPDC dénote une remarque sans appel : dans un secteur aussi interdépendant, une tension de trésorerie chez le distributeur se transmet aux producteurs, puis finir par affecter directement l’approvisionnement électrique des ménages et des entreprises.












