La nouvelle est tombée au petit matin
Il était un peu plus de six heures, ce dimanche 4 octobre 2026, quand la nouvelle a commencé à circuler. Discrètement, d’abord. Puis de plus en plus fort. Clément Atangana, le tout premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun, s’était éteint dans la nuit, à Paris. Il avait 85 ans. Il souffrait d’une longue maladie et avait été évacué en France quelques jours plus tôt. Huit enfants. Une vie. Une page qui se tourne.
Un parcours de bâtisseur
Son histoire commence le 20 septembre 1941 à Ngomedzap, dans le Nyong-et-So’o, Clément Atangana appartenait à cette génération de magistrats qui ont accompagné la construction de l’État de droit camerounais. Élève au Collège François-Xavier Vogt de Mvolyé, puis au lycée de Manengouba à Nkongsamba, il décroche une licence en droit privé à l’Université fédérale du Cameroun. Il intègre ensuite la Division judiciaire de l’ENAM, avant de parfaire sa formation à l’Institut international d’administration publique de Paris.
Le 20 décembre 1968, il entre officiellement dans la magistrature. Juge suppléant à la Cour d’appel de Douala, juge d’instruction à Nkongsamba, il préside ensuite les tribunaux d’Eséka, Bafia, Mora, Sangmélima et Yaoundé. Il rejoint la Chancellerie comme directeur adjoint des Affaires judiciaires. Puis la Cour suprême, où il devient président de la Chambre administrative. En juillet 2000, il est élevé au grade de magistrat hors hiérarchie, premier groupe. De 1999 à 2002, il siège au Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.
L’homme du Conseil constitutionnel
Le 7 février 2018, Paul Biya le nomme président du Conseil constitutionnel. Il devient le tout premier titulaire de cette fonction. À 77 ans, il incarne cette nouvelle juridiction chargée de veiller au respect de la Constitution et de connaître du contentieux électoral. Pendant huit ans, il préside aux grandes échéances électorales du pays. En octobre 2025, il est à la manœuvre pour la proclamation des résultats de la présidentielle. Une séquence marquée par le rejet des recours de l’opposition et des critiques de partialité. Il n’a jamais répondu à ces critiques. Il a continué. Jusqu’au bout.
Une génération qui s’en va
Sa disparition intervient quelques mois après celles de deux autres grandes figures de l’appareil d’État : Marcel Niat Njifenji, premier président du Sénat, décédé le 11 avril 2026, et Cavaye Yéguié Djibril, ancien président de l’Assemblée nationale, décédé le 6 mai 2026. En quelques mois, c’est une génération de bâtisseurs des institutions post-indépendance qui s’en va. Clément Atangana aura connu les juridictions de proximité comme les plus hautes institutions. Il aura exercé sur le terrain, à la Chancellerie, dans les cours d’appel, à la Cour suprême et finalement au Conseil constitutionnel. Avec lui, le Cameroun perd une mémoire vivante de son système judiciaire.
L’avenir
Le Conseil constitutionnel n’a pas encore de successeur. Les échéances de 2027 approchent. L’institution devra trouver un guide. Un autre Clément Atangana, peut-être. Un autre bâtisseur. Mais pour l’heure, c’est le temps du recueillement. Le temps des hommages. Le temps du souvenir. Clément Atangana a servi son pays pendant près de soixante ans, de la base au sommet. Il a exercé avec rigueur, dit-on. Avec autorité, aussi. Et il laisse derrière lui une institution qu’il a contribué à faire exister.
Que la terre de Ngomedzap lui soit légère.












