L’arbitre somalien humilié : quand le visa s’efface devant la couleur de peau
Il avait tout pour être une fierté nationale. Désigné pour arbitrer sa première Coupe du monde, le Somali Omar Abdulkadir Artan s’apprêtait à entrer dans l’histoire. Mais à son arrivée sur le sol américain, il s’est vu opposer un refus d’entrée, visa en règle pourtant. Motif officieux : la Somalie fait partie des pays frappés par le décret trumpiste de restriction d’immigration. La FIFA, au lieu de défendre l’un des siens, s’est rangée derrière la décision politique, se retranchant derrière son impuissance face au gouvernement hôte. « La FIFA n’intervient pas dans les procédures d’immigration », a-t-elle justifié. Un arbitre écarté, et avec lui, l’intégrité sportive de la compétition.
Iran, une équipe prisonnière des frontières
Le traitement réservé à la sélection iranienne dépasse l’entendement. Les joueurs ont obtenu des visas, mais leurs conditions de circulation sont absurdes : ils doivent entrer et sortir des États-Unis le jour même de leurs matchs. Impossible de s’entraîner, de récupérer, de préparer normalement la compétition. Pire encore, une quinzaine de membres de l’encadrement dont le président de la fédération et son adjoint se sont vu refuser l’accès au territoire. Accusés sans preuve de vouloir « infiltrer des terroristes », ils ont été traités comme des ennemis. Comme l’a résumé un responsable iranien : « C’est une escalade délibérée et discriminatoire. »
Africa, parent pauvre du Mondial
L’Afrique aussi est frappée de plein fouet. Le Sénégal figure sur la liste noire de l’immigration américaine, rendant l’obtention d’un visa quasi impossible pour ses supporters. Le Nigeria, le Ghana, Haïti sont confrontés aux mêmes difficultés. Pire : la République démocratique du Congo pourrait se voir imposer des mesures sanitaires discriminatoires liées à une supposée menace Ebola, alors que plusieurs de ses joueurs ne résident même pas dans le pays. Une humiliation de plus. Comment justifier qu’un supporter sénégalais ou ghanéen paie des milliers de dollars pour un visa à durée limitée, tandis que les ressortissants d’autres nations entrent librement ?
Les fans pris au piège de l’ICE
La politique répressive de l’administration Trump a transformé la Coupe du monde en piège à fans. Des agents de l’ICE, chargés de la lutte contre l’immigration illégale, patrouillent dans les stades, semant la terreur parmi les communautés hispaniques, haïtiennes ou asiatiques, régulièrement ciblées par des opérations musclées. « Je rêvais d’assister à la Coupe du monde, mais je n’ose pas prendre l’avion de peur d’être arrêté », confie un supporter haïtien. Le climat de peur est tel que de nombreux fans préfèrent renoncer à venir, privant la compétition de son âme.
Infantino, le grand absent
Pendant ce temps, Gianni Infantino, président de la FIFA, préfère cultiver sa « bromance » avec Donald Trump plutôt que de défendre les valeurs du football. À coups de déclarations lénifiantes (« l’Iran est la bienvenue »), il tente de masquer l’inaction de son institution. Mais la messe est dite : cette Coupe du monde restera comme celle de tous les excès, et surtout celle du renoncement.
Conclusion : un boycott légitime
Face à ce chaos, la question se pose : ne fallait-il pas boycotter ? Priver les États-Unis de l’organisation était peut-être la seule manière de rappeler que le football ne peut être soumis aux caprices politiques d’un seul homme. En attendant, les joueurs, les arbitres et les supporters africains et iraniens paient le prix fort. La Fifa en portera la honte.












