Un calendrier déjà chamboulé
Ce ne serait pas le premier ajustement. Le mandat des députés a déjà été prorogé jusqu’en décembre 2026 par une loi adoptée en mars 2026. Celui des conseillers municipaux, élus en février 2020, a été prolongé jusqu’au 28 février 2027 par un décret signé le 4 mai 2026. Mais c’est une réforme plus profonde qui a ouvert la voie à tous les scénarios. L’article 170 du Code électoral a été modifié en mars 2026, supprimant le plafond de 18 mois qui limitait jusque-là la durée de prorogation des mandats des conseillers municipaux. Le nouveau texte prévoit désormais une prorogation « en cas de besoin », sans durée maximale. Une disposition qui, de l’avis de plusieurs juristes, ouvre la voie à une prolongation indéfinie du mandat des élus locaux.
Le Ramadan comme paravent
Officiellement, donc, le report se justifierait par le calendrier religieux. Le ministre de l’Administration territoriale s’apprêterait à invoquer la concomitance du scrutin avec le début du mois sacré de l’Islam, attendu le 8 février 2027. Mais pour de nombreux analystes, l’argument religieux est un paravent. Derrière cette justification, une réalité plus politique : le RDPC, majorité écrasante depuis des décennies, redoute le vote sanction.
La peur du vote sanction dans le Grand-Nord
Le RDPC détient aujourd’hui une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, ainsi que la quasi-totalité des municipalités. Mais les séquelles de la crise post-électorale d’octobre 2025 pèsent lourd. Après la proclamation de la victoire de Paul Biya avec 53,66 % des voix, son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, qui revendiquait lui aussi la victoire, avait refusé de reconnaître les résultats. La contestation avait gagné plusieurs villes, donnant lieu à des affrontements avec les forces de sécurité et causant plusieurs morts. Garoua et Maroua, dans le Grand-Nord, avaient été l’un des principaux foyers de cette contestation. Or, cette partie du pays constitue historiquement l’un des plus importants réservoirs de voix du RDPC. L’entourage du secrétaire général du Comité central sait qu’une partie de cet électorat entend désormais voter utile.
Un budget qui ne suit pas
L’autre argument avancé par les partisans du report est budgétaire. L’organisation du double scrutin est estimée à plusieurs centaines de milliards de FCFA. Or, selon certains responsables politiques, le budget du Cameroun 2026 ne permettrait pas de financer une élection pour début 2027. Le pays n’aurait engagé qu’environ 120 milliards FCFA d’investissement sur des prévisions budgétaires annuelles de plus de 2 000 milliards. Le projet de loi de finances qui sera examiné par le Parlement lors de la session de novembre-décembre 2026 ne comporterait, à ce stade, aucune ligne explicitement consacrée à l’organisation du double scrutin.
Un débat qui divise l’opposition
Face à ce scénario, les réactions sont contrastées. Certains responsables politiques estiment que les élections sont « irréalistes » en l’état, conditionnant leur tenue à la stabilisation de la présidence de la République. À l’inverse, d’autres appellent à un nouveau report, invoquant la nécessité d’un nouveau découpage des circonscriptions électorales issues du recensement général de la population en cours, et le règlement du problème de l’attestation de conformité fiscale exigée dans les dossiers de candidature. Pendant ce temps, les partis continuent de se préparer. L’UNDP a mis en place des commissions de préinvestiture. Le SDF déploie une stratégie en trois points : vérification des listes électorales, formation des représentants dans les bureaux de vote et mise en place d’une cellule de veille contre les irrégularités.
Et pendant ce temps, le pays attend
À ce stade, aucun acte officiel n’a modifié la date des élections. Les législatives et municipales restent annoncées pour février 2027, tant qu’aucun décret de convocation du corps électoral n’a été signé. Mais l’incertitude plane. Reste à savoir si le report sera confirmé. Et si oui, quelle justification officielle sera finalement retenue.












