La lettre et le ralliement
C’est une lettre. Quelques pages. Pas de pathos, pas d’invectives. Juste des mots pesés, une rupture consommée. Le 26 septembre 2026, Nourane Moluh Hassana, dite Nourane Foster, a officialisé sa démission du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Elle y évoque « de profondes divergences idéologiques » et une « succession d’événements qui ont progressivement érodé la confiance ». Quelques heures plus tard, elle officialisait son ralliement au Pacte Social pour la Gouvernance (PSG), une formation de centre-gauche dirigée par Emmanuel Kueka. Elle en devient présidente nationale des femmes. Son époux, l’homme d’affaires Firmin Fotsing, est nommé vice-président du PSG. Le lendemain, tout le monde ne parlait que de ça à Douala.
Une hémorragie qui ne dit pas son nom
Le PCRN perd l’une de ses figures les plus visibles. Élue députée en 2020, Nourane Foster était l’une des cinq parlementaires de la formation. Pendant près de dix ans, elle a incarné une figure montante du parti à Douala. Mais son départ n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série noire. En octobre 2025, son propre époux, Firmin Fotsing, alors délégué régional du PCRN pour l’Ouest, avait déjà claqué la porte après la présidentielle. D’autres cadres ont suivi, comme Monfua Dominic Agem dans le Lebialem. Et le jour même de l’annonce de Nourane Foster, un autre responsable communal de Douala annonçait son départ. Une source proche du parti confie que Nourane Foster était considérée comme « la chouchou » de Cabral Libii, qui voyait en elle une « digne héritière ». Son départ marque une rupture profonde.
Les raisons d’une rupture
Dans sa lettre, Nourane Foster invoque plusieurs motifs. Le premier est idéologique. Elle dénonce une conception de la politique qui « laisserait une place à l’exclusion, au repli identitaire ou à la stigmatisation ». Le deuxième est personnel. Elle évoque les attaques dont elle a fait l’objet après avoir répondu à une invitation de la Première Dame. « J’ai eu le sentiment d’avoir été jeté à la vindicte populaire pour avoir simplement répondu à cette invitation », écrit-elle. Le troisième est institutionnel. Elle dénonce « l’absence de réaction des instances du parti face à certaines dérives ».
Impact-100 et la nouvelle dynamique
Le ralliement de Nourane Foster au PSG ne se fait pas seule. Il s’appuie sur Impact-100, un mouvement fondé par son époux, présenté comme une « association citoyenne et patriotique ». Objectif affiché : investir et accompagner 100 jeunes leaders aux prochaines élections législatives et municipales. Lors de la convention du 26 septembre, Nourane Foster a officialisé sa candidature aux législatives de 2027 dans le Wouri-Est, sous les couleurs du PSG. « Notre objectif ? Investir au moins 100 jeunes leaders d’avenir », a-t-elle déclaré.
La réponse sobre de Cabral Libii
Ce qui retient l’attention, c’est la réaction du président du PCRN. Cabral Libii n’a pas attaqué. Il n’a pas intenté de procès. Il a accusé réception, souhaité « bonne suite » à Nourane Foster, et lui a réaffirmé qu’elle pouvait jouer un rôle majeur dans le leadership féminin au Cameroun. Dans un pays où les séparations politiques deviennent souvent prétexte à l’affrontement, cette réponse pose une question : et si la politique camerounaise pouvait être autre chose qu’une guerre de tranchées ?
Quelles conséquences pour 2027 ?
Le départ de Nourane Foster fragilise le PCRN à Douala, une région stratégique. Il illustre aussi une tendance de fond : les personnalités politiques cherchent désormais à peser plus que les partis. L’émergence d’Impact-100 et son alliance avec le PSG pourraient redessiner la carte de l’opposition. D’autant que la circonscription du Wouri-Est, attire déjà les convoitises. Au MRC, Pierre Emmanuel Binyam a annoncé son intention de briguer ce siège. Le pari de Nourane Foster est clair : transformer son capital de notoriété en force électorale. Son succès dépendra de sa capacité à mobiliser au-delà de sa circonscription.












